BRASILIA (AFP)
Les défenseurs de l'environnement ont exhorté jeudi la présidente
du Brésil Dilma Rousseff à mettre son veto à une loi controversée
ouvrant la voie à une déforestation accrue en Amazonie, un texte
embarrassant pour le pays à deux mois du sommet Rio+20 sur le
développement durable.
Les députés ont adopté à une large majorité, mercredi dans la
nuit, une loi réformant le code forestier de 1965, une victoire
du puissant lobby agro-alimentaire après une bataille de
plusieurs années avec les écologistes qui craignent la
destruction de milliers de kilomètres carrés de forêt.
L'ancien texte obligeait les propriétaires terriens à conserver
intact une partie des forêts, jusqu'à 80% en Amazonie, la plus
grande forêt tropicale au monde considérée comme le poumon vert
de la planète.
Cette nouvelle législation, déjà entérinée par le Sénat brésilien
en décembre, amnistie les auteurs de coupes forestières illégales
et autorise l'installation de fermes dans les zones défrichées
avant juillet 2008.
Avant d'entrer en vigueur, le texte doit toutefois être approuvé
par Mme Rousseff, dernier espoir pour les écologistes.
"La présidente analysera avec beaucoup de sérénité, sans
animosité" la possibilité d'opposer son veto au texte, au moins à
certains articles, a déclaré jeudi à la presse le ministre de la
Présidence Gilberto Carvalho, un proche de Dilma Rousseff.
Celle-ci avait promis, lors de sa campagne présidentielle en
2010, de s'opposer à toute loi menaçant la lutte contre le
déboisement qui, en Amazonie, a été réduit de 27.000 km2 en 2004
à un peu plus de 6.000 km2 en 2011. Avec 5 millions de km2, les
forêts tropicales couvrent 60% du pays.
Selon une étude de l'université de Brasilia, la nouvelle loi
pourrait augmenter de 47% la déforestation d'ici à 2020.
Le Brésil est l'un des principaux pays émetteurs de gaz à effet
de serre en raison de la déforestation que le pays s'est engagé à
réduire de 80% d'ici à 2020.
Pour le gouvernement, cette polémique est embarrassante alors que
le pays sera l'hôte en juin à Rio d'un sommet devant réunir plus
d'une centaine de chefs d'Etat et de gouvernement qui chercheront
à poser les jalons d'une économie plus verte, associant respect
de l'environnement, développement et lutte contre la pauvreté.
"Dans une année qui verra des dirigeants mondiaux de la
politique, des affaires et de la société civile se rassembler à
Rio de Janeiro (...) cela serait une véritable honte pour le
Brésil d'abandonner sa position de leader mondial dans la
préservation des forêts. J'exhorte la présidente à résister
vigoureusement", a dit le directeur général de l'organisation
mondiale de défense de l'environnement WWF, Jim Leape.
"S'il n'y a pas un veto de la présidente, le Brésil perdra toute
crédibilité", a dit à l'AFP, Paulo Moutinho, de l'Institut de
recherches environnementales de l'Amazonie (IPAM).
L'ex-ministre de l'environnement Marina Silva, qui avait obtenu
20 millions de votes lors de la présidentielle de 2010, a appelé
les Brésiliens à se joindre à la pétition "Mets ton veto, Dilma"
qui circule sur internet.
En revanche, Doca Veronez, un dirigeant de la Confédération
nationale de l'agriculture a fait valoir que la législation
passée "était incompatible avec l'évolution de l'agro-alimentaire
brésilien" alors que le géant sud-américain est devenu une
puissance agricole fortement exportatrice au point d'être parfois
qualifié de "ferme du monde".