PARIS (AFP)
François Hollande est devenu dimanche le deuxième socialiste à
accéder à l'Elysée sous la Ve République en battant Nicolas
Sarkozy, mais, souligne lundi la presse, "le plus dur commence"
pour le nouvel élu qui promet d'être "le président de la justice"
et non celui de l'austérité.
Trente et un ans après la victoire de François Mitterrand, le
candidat socialiste, grand favori du scrutin depuis des mois,
obtient 51,67%, selon des résultats quasi définitifs (seules
manquent les voix du million de Français de l'étranger). M.
Sarkozy, avec 48,33%, échoue à décrocher un second mandat.
La passation de pouvoirs devrait avoir lieu vers le 14 mai.
La participation s'établit à 81,03%, taux inférieur au second
tour de la présidentielle de 2007 (83,9%) mais supérieur à celui
du 22 avril (79,5%).
A Solférino, au siège du PS, les milliers de sympathisants
présents ont exulté dès le début de soirée. La clameur a été
immense à la Bastille à 20H00. M. Hollande a notamment réalisé un
résultat historique à Paris avec 55,60%. Dans son fief rural de
Tulle, il obtient plus de 75% des voix.
Le nombre des bulletins blancs et nuls a par ailleurs dépassé 2
millions, soit environ 6% des votants, un des taux les plus
élevés à une présidentielle sous la Ve.
A 57 ans, François Hollande, qui n'a jamais exercé de
responsabilité ministérielle et qui était donné battu à la
primaire PS jusqu'à la mise hors course de Dominique
Strauss-Kahn, accède à l'Elysée avec un score quasiment identique
à celui du 10 mai 1981 (51,76%). "Les Français viennent de
choisir le changement en me portant à la présidence de la
République", a lancé François Hollande devant environ 2.000
partisans réunis sur la place de la cathédrale de Tulle.
Après un "salut républicain" à son rival, M. Hollande, l'air
grave, s'est dit fier d'avoir été "capable de redonner espoir".
"Est-ce que j'ai fait avancer la cause de l'égalité?" sera la
question à se poser à la fin de son mandat, a expliqué le
président élu. "L'Europe nous regarde, l'austérité peut ne plus
être une fatalité", a-t-il prévenu.
François Hollande a ensuite rejoint dans la nuit les ténors du
Parti socialiste, place de la Bastille, là où avait été célébré
il y a 31 ans l'élection du premier président socialiste
français, François Mitterrand.
"Je vous ai entendu, j'ai entendu votre volonté de changement,
votre force, votre espérance et je vous vous exprimer toute ma
gratitude. Merci, merci merci de m'avoir permis d'être votre
président de la République", a-t-il déclaré. "Je suis le
président de la jeunesse de France!", a-t-il lancé aux dizaines
de milliers de personnes présentes. "Je suis le président de
toutes les fiertés de France, le président de la justice en
France", a-t-il ajouté.
Vers 2H30, la plupart des partisans de François Hollande avaient
quitté la Bastille et le président élu était rentré chez lui dans
le quartier Beaugrenelle (XVe).
Premier à réagir, devant ses partisans de La Mutualité, Nicolas
Sarkozy a indiqué dans un discours à la tonalité très personnelle
avoir eu François Hollande "au téléphone" et lui avoir souhaité
"bonne chance". "Je porte toute la responsabilité de cette
défaite (...). Il me faut en tirer toutes les conséquences", a
souligné le président sortant, suggérant qu'il se retirait de la
vie politique: "Je resterai l'un des vôtres" "mais ma place ne
pourra plus être la même (...), mon engagement sera désormais
différent". "Je ne serai plus jamais candidat aux mêmes
fonctions", avait-il annoncé plus tôt aux ténors de l'UMP réunis
à l'Elysée, selon un ministre.
A l'UMP, qui va entrer dans une zone de turbulences avec la lutte
annoncée entre Jean-François Copé et François Fillon,
l'après-présidentielle semble avoir déjà commencé, malgré les
appels à l'unité de M. Sarkozy.
"Il faudra une reconstruction en profondeur", a prévenu Laurent
Wauquiez.
Alors que la gauche dispose quasiment de l'ensemble des pouvoirs
(exécutif, Sénat, régions, départements...), Jean-François Copé a
décrété la "mobilisation générale" pour les législatives.
Le PS et l'UMP sont au coude à coude pour le premier tour du 10
juin, selon divers sondages. La gauche est créditée de 26 à 35%,
contre 30 à 33% pour l'UMP. Le FN est estimé à environ 18%. "Il
faut donner une majorité au président de la République", a plaidé
François Hollande à la Bastille.
Si les éditorialistes saluent la victoire du socialiste, ils
relèvent qu'il va rapidement être rattrapé par de lourdes
responsabilités. Son "travail ne fait que commencer et il sera
rude, dès demain", écrit Nicolas Demorand dans Libération.
M. Hollande a cependant reçu de nombreux messages de
félicitations de dirigeants à travers le monde et notamment
d'Européens qui ont semblé soudain convertis à son appel à
relancer la croissance dans l'Union européenne alors que la
journée de dimanche a également été marquée par un vote sanction
contre les drastiques politiques d'austérité imposées à la Grèce.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle,
a ainsi assuré que Berlin et Paris allaient travailler "ensemble
à un pacte de croissance pour l'Europe".
Le chef du gouvernement italien, Mario Monti, a aussi émis le
souhait de "collaborer étroitement avec la France" avec pour
"objectif une union toujours plus efficace et orientée vers la
croissance".
Barack Obama a également félicité le nouveau président français
mais a évoqué d'emblée des "dossiers difficiles" à gérer en
commun avec M. Hollande, allusion évidente à l'Afghanistan et à
la crise de la dette européenne.