SANTIAGO (AFP)
"Merci, merci Pinochet! Vous avez été un grand président", chante
une femme avec conviction sur l'air de Lili Marleen : les
derniers "pinochétistes" défendent avec passion l'ex-dictateur
chilien, nostalgiques d'une oeuvre qui, selon eux, n'est pas
reconnue.
Maria Gonzalez a réécrit la mélodie allemande emblématique
adoptée par les nazis pour rendre hommage au général Pinochet,
introduisant notamment un couplet sur "un grand gouvernement qui
a su procurer tranquillité et sécurité" et "sauver la patrie du
joug marxiste".
Près de 40 ans après le coup d'Etat contre le président
socialiste Salvador Allende le 11 septembre 1973, elle chante au
sein d'un groupe d'"ultras" quasiment absents de la vie politique
chilienne, mais habités par la nostalgie.
Pour eux, qui exigent la libération des quelque 70 militaires
emprisonnés pour violations des droits de l'homme, les hommes
politiques de droite, qui ont soutenu la dictature, ne sont que
des "ingrats".
"Etre "pinochétistes" aujourd'hui c'est être loyal aux militaires
qui nous ont sauvé la vie; nous sommes redevables aux forces
armées et à Pinochet parce qu'ils nous ont sauvé la vie et ont
sauvé l'économie du pays", dit Maria Gonzalez à l'AFP.
Roberto Figueroa n'a que 20 ans mais partage la vision de la
"Corporation 11 Septembre" créée par d'anciens militaires et de
fervents partisans du dictateur en hommage au jour du putsch.
"Je n'ai rien vécu de tout cela mais on voit que Pinochet a
changé l'aspect du pays. Maintenant nous avons un pays nouveau
avec des institutions qui fonctionnent", dit-il.
Dans le petit salon lugubre d'une demeure ancienne du centre de
Santiago, ils se réunissent chaque semaine pour analyser
l'actualité politique et évoquer le général, mort le 10 décembre
2006, à l'âge de 91 ans.
Des photos fanées de Pinochet et un drapeau chilien décorent les
murs et une vingtaine de personnes, en majorité des femmes âgées,
chantent et poussent des cris à la gloire de l'ancien dictateur.
"Il nous a évité de devenir un autre Cuba, il a mis de l'ordre et
a donné du travail et du respect aux gens", assure Monica
Herrera, une des plus jeunes qui appelle Pinochet "Pépé".
"Tout le monde devrait être reconnaissant mais ce n'est pas le
cas", regrette Juan Gonzalez, un militaire à la retraite qui
préside l'organisation.
"Nous sommes déterminés à revendiquer ce qu'a été le gouvernement
des Forces armées et la mémoire du général Pinochet", ajoute cet
ancien officier dont la propre soeur a pourtant été emprisonnée,
violée et torturée sous la dictature selon ces propres
déclarations à la presse locale.
Dans ce contexte la projection de la première d'un documentaire
intitulé "Pinochet" au Théâtre Caupolican de Santiago dimanche a
soulevé une polémique mettant dos à dos les défenseurs de la
liberté d'expression et les familles des victimes.
Pendant le régime de Pinochet, 3.225 personnes ont été tuées ou
ont disparu et quelque 37.000 cas de tortures et de détentions
illégales ont également été recensés.
"C'est vrai qu'il y a des gens qui sont tombés des deux côtés,
mais nos morts ne comptent jamais", se plaint Maria Gonzalez.
Cette vision ultra du pinochétisme réunit "un groupe réduit, mais
plus militant et bruyant", explique à l'AFP l'analyste politique
Patricio Navia, estimant qu'il y a "divers degrés de
pinochétisme".
Il y en a d'autres plus occultes qui "approuvent le modèle
d'économie neolibérale qui s'est imposé sous la dictature".
A ce groupe appartiennent "la grande majorité des hommes
d'affaires, beaucoup de technocrates et la grande majorité des
hommes politiques de droite. Ils sont beaucoup plus nombreux et
influents mais jamais ils n'iraient à une manifestation publique"
comme celle de dimanche, explique Patricio Navia.