ATHENES (AFP)
Les électeurs grecs tenaient le monde en haleine samedi, à la
veille de législatives cruciales pour la marche économique du
pays et son maintien dans l'euro.
Evalués à quelque 700.000, les indécis devront départager la
droite d'Antonis Samaras, qui se présente comme garante de
l'ancrage du pays dans la zone euro, et la gauche radicale
d'Alexis Tsipras, dressée contre l'austérité et les réformes
imposées à la Grèce.
Selon les sondages, frappés d'un ban de publication mais qui
circulent sous le manteau, le score de chacun des camps varie
autour de 30%.
"C'est vrai qu'on a envie de faire sauter un système qui ne
marche pas, mais j'ai peur que Tsipras ne se révèle au final
aussi incapable que les autres, et que la situation continue à
s'aggraver", confie à l'AFP Dora Fotopoulou, une psychologue de
48 ans.
Une des inconnues des élections est le score des néonazis d'Aube
Dorée, qui avaient créé la surprise en obtenant 21 sièges sur 300
lors du premier scrutin début mai. La formation ultranationaliste
se maintiendrait au Parlement selon les sondages grecs.
Pour les journaux, tout le pays est en proie à ces affres
électorales, auxquelles le G-20 et l'Union européenne se
préparent à réagir dès dimanche soir.
Le quotidien socialiste Ta Néa s'inquiétait d'un scrutin "énigme"
et "historique", qui doit résoudre le "dilemme" entre euro et
risque d'un retour à la drachme.
Une sortie de la Grèce de l'euro et de l'Union européenne aurait
un "effet dévastateur", a estimé le président de l'Eurogroupe, le
Premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker. "Les Grecs
doivent en être conscients", a-t-il ajouté.
"Les citoyens tiennent dans leurs mains le sort de la Grèce",
titrait encore Elefthéros Typos, proche de la Nouvelle-Démocratie
(ND) de M. Samaras. Seul Avghi, l'organe de gauche radicale du
parti d'Alexis Tsipras (Syriza), ne doutait pas : "La Grèce
tourne la page avec un gouvernement de gauche."
S'ils partagent la volonté de renégocier les modalités de la cure
de rigueur dictée par l'UE et le FMI en contrepartie du sauvetage
financier du pays --340 milliards d'euros de prêts et 107
milliards de créances effacées-- le conservateur raide et le
charismatique enfant terrible de la gauche s'opposent sur tout le
reste.
Favori des chancelleries européennes, en dépit de son
intransigeance nationaliste et de son ralliement à reculons et
ambigu à la rigueur, M. Samaras, 61 ans, plaide pour le maintien
dans l'euro à tout prix.
Il s'est déjà affirmé prêt à former une gouvernement "de salut
national", avec le renfort souhaité des socialistes, attendus en
troisième position, si comme prévu les électeurs ne donnaient à
aucun parti la majorité absolue de 151 sièges au Parlement.
Gravement sanctionnée lors du premier scrutin inconclusif du 6
mai, la ND est créditée d'avoir en partie récupéré ses électeurs
déçus qui avaient succombé au vote populiste, voire aux sirènes
du parti néonazi Aube Dorée.
La reconquête conservatrice est passée par un virage à droite
toute, assimilant immigration à "invasion", et des promesses à
retrouver croissance et emploi, via notamment un relâchement de
la pression fiscale.
L'économie grecque est de fait au bord de l'asphyxie, plombée par
une récession qui s'aggrave depuis 2008 et a fait s'envoler le
chômage à 22,6% au premier trimestre.
Mais la ND compte avant tout "sur la peur pour vaincre la colère"
des Grecs contre les sacrifices imposés, a expliqué vendredi un
sympathisant à l'AFP, lors du dernier grand meeting de M. Samaras
à Athènes.
En face, le Syriza peine à expliquer comment il maintiendra le
pays à flot et dans l'euro, tout en tournant le dos à
l'orthodoxie financière au profit d'une politique de relance via
nationalisation et redistribution des ressources. Partenaires
européens et créanciers ont menacé la Grèce d'une sortie de
l'euro si elle ne tenait pas ses engagements d'austérité.
M. Tsipras, 37 ans, doit composer avec l'unanisme pro-euro des
Grecs, mais il surfe aussi sur leur rejet d'une austérité perçue
comme sans issue.
Même à l'étranger, de plus en plus de voix s'élèvent pour
reconnaître que le rythme de l'assainissement budgétaire devra
être ralenti. Quant aux partisans d'une éviction grecque de
l'euro, ils n'ont pas encore convaincu de l'inocuité de cette
option pour la stabilité de la monnaie unique et l'économie
mondiale.
En cas de victoire de son parti, M. Tsipras s'est donné dix jours
pour mener une "rude négociation" avec les bailleurs de fonds,
avec comme enjeu les 90 milliards d'euros qu'attend encore le
pays jusqu'en 2015, et dont le versement a été suspendu.
Et si la gauche radicale devait être maintenue dans l'opposition,
elle risque de se livrer à une guerre d'usure qui augure mal de
la marge de manoeuvre et de la viabilité d'un éventuel attelage
conservateurs-socialistes, et de la tranquillité d'esprit des
dirigeants européens.