MOSCOU (AFP)
La poursuite des négociations entre l'Iran et les grandes
puissances pour désamorcer la crise du nucléaire iranien
s'annonce difficile après un constat de profondes divergences à
l'issue de deux jours de négociations tendues à Moscou, ont
estimé mercredi des analystes.
Les négociateurs du groupe 5+1 (les cinq membres permanents du
Conseil de sécurité de l'ONU --Etats-Unis, Russie, Chine, France
et Royaume-Uni-- plus l'Allemagne) ont réussi à éviter une
rupture totale du processus diplomatique en se mettant d'accord
sur une nouvelle réunion au niveau des experts le 3 juillet à
Istanbul.
Mais la marge de manoeuvre pour de nouveaux pourparlers paraît
très mince après que l'Iran a rejeté les exigences des grandes
puissances contre ses activités d'enrichissement d'uranium, et
alors que l'Occident, qui soupçonne Téhéran de vouloir se doter
de l'arme atomique, ne semble pas prêt à lever ses sanctions.
Le nouveau round de négociations à Moscou est intervenu à moins
de deux semaines de l'entrée en vigueur le 1er juillet d'un
embargo pétrolier de l'Union européenne contre l'Iran, et alors
que les Etats-Unis et Israël ont à nouveau évoqué récemment la
possibilité d'une intervention militaire.
"Il y a peut-être eu un certain rapprochement, mais la poursuite
des pourparlers va se dérouler dans un contexte de nouvelle
escalade avec l'accroissement des sanctions" contre Téhéran, a
déclaré l'expert Trita Parsi.
"Cela va rendre un accord d'autant plus difficile", estime-t-il.
Statut quo
Au cours des pourparlers à Moscou, les grandes puissances ont
réitéré leur demande à l'Iran d'arrêter l'enrichissement
d'uranium à 20%, d'échanger son stock d'uranium enrichi à 20%
contre du combustible nucléaire dont il a besoin pour un
programme civil, et de fermer l'usine souterraine de Fordo.
Mais l'Iran, qui affirme ne poursuivre que des objectifs civils,
a de nouveau insisté sur son droit à enrichir de l'uranium comme
il l'entendait, alors que les grandes puissances soupçonnent
Téhéran de vouloir produire de l'uranium enrichi à plus de 90%,
utilisé pour la fabrication de l'arme atomique.
Les Occidentaux ont refusé de céder aux demandes de Téhéran
d'abandonner les sanctions visant les exportations pétrolières
iraniennes.
Outre l'embargo pétrolier de l'UE le 1er juillet, les Etats-Unis
doivent mettre en vigueur le 28 juin des restrictions de commerce
avec les pays qui achètent du pétrole iranien.
Aux yeux de l'expert à la Fondation Carnegie Mark Hibbs, certains
pays occidentaux refuseront de lever les sanctions tant que
l'Iran ne fera pas un premier pas.
"Mais l'Iran n'est pas prêt à faire cela, donc ça ne bouge pas",
conclut-il.
Le seul résultat tangible des pourparlers de Moscou est l'accord
sur une réunion au niveau des experts, le 3 juillet à Istanbul,
qui pourrait être suivie de rencontres à de plus hauts niveaux à
des dates non fixées.
"La poursuite de ces négociations au niveau des experts ne va pas
résoudre le problème", estime l'analyste indépendant Mohammad
Saleh Sedghian, du Centre arabe pour les études iraniennes.
"Si les pourparlers se poursuivent au niveau actuel ou plus bas,
comme cela a été décidé, nous devrions assister à des discussions
marathon sans fin", ajoute-t-il.
Mais il apparaît que les ennemis de l'Iran utilisent d'autres
méthodes.
Le Washington Post a ainsi rapporté mardi que le virus
informatique Flame, conçu pour dérober des informations sur le
programme nucléaire iranien, était une cyber-arme conçue par les
Etats-Unis et Israël.
Aux yeux de M. Sedghian, l'Occident se satisfait pour le moment
de sanctions et d'une cyber-guerre "bien moins chères que
l'option militaire qui serait un fardeau pour les Etats-Unis,
Israël et les alliés occidentaux".