OXFORD (AFP)
Aung San Suu Kyi, le chef de l'opposition birmane, a reçu
mercredi avec émotion un doctorat honoris causa de l'université
anglaise d'Oxford, où elle a étudié et vécu des années heureuses
en famille avant que son destin ne bascule en 1988.
"Cette journée m'a beaucoup émue", a reconnu la dame de Rangoun,
revêtue de la toge et de la toque universitaires, en recevant le
diplôme honorifique des mains de Chris Patten, président de
l'université et ancien gouverneur de Hong Kong.
"Pendant toutes ces années difficiles en résidence surveillée
(...) mes souvenirs d'Oxford (...) m'ont aidée à affronter les
défis auxquels je devais faire face", a-t-elle confié.
Plus de 1.000 étudiants et universitaires ont longuement
ovationné debout le prix Nobel de la paix, dans le cadre
impressionnant de l'amphithéâtre Sheldonian du XVIIe siècle.
Chris Patten a, quant à lui, salué, en latin, la "championne
insoumise de la liberté, (...) exemple de courage et de force
pour (son) peuple et le reste du monde".
Pour sa première visite en Europe depuis 1988, Aung San Suu Kyi a
choisi de revenir mardi et mercredi à Oxford, où elle a étudié
entre 1964 et 1967 et a vécu avec Michael Aris, épousé en 1972.
C'est aussi dans cette ville du sud de l'Angleterre, où elle a
passé une vingtaine d'années, qu'elle a élevé ses deux fils,
Alexander et Kim, dans leurs jeunes années.
Et lorsqu'elle est partie en 1988 en Birmanie au chevet de sa
mère malade, elle n'avait sans doute pas imaginé qu'elle ne
reviendrait pas avant près d'un quart de siècle.
Son engagement pour la démocratie dans son pays et la lutte
contre la junte militaire l'ont amenée à faire le choix
douloureux de laisser derrière elle ses enfants, restés au
Royaume-Uni avec leur père, un spécialiste du Tibet.
De peur que la junte militaire au pouvoir ne la laisse pas
rentrer en Birmanie, elle est restée à Rangoun alors que son mari
succombait à un cancer de la prostate en 1999.
Libérée en novembre 2010 après un total de 15 ans de résidence
surveillée, Aung San Suu Kyi, récemment élue députée, effectue
actuellement un tournée européenne de 17 jours, au cours de
laquelle elle reçoit un accueil digne d'une star.
Elle a confirmé dans une interview accordée à la BBC mercredi son
désir de diriger son pays si elle "peut (le) mener dans la bonne
direction". Elle a aussi rejeté l'idée que sa libération en 2010
ait pu être une "combine" des autorités pour obtenir la levée des
sanctions imposées à la Birmanie.
"La route qui se dessine devant moi n'est pas facile, mais Oxford
attend le meilleur des siens", a-t-elle souligné.
Assise pendant la cérémonie à côté du romancier John le Carré,
lui aussi honoré par l'université d'Oxford, elle l'a remercié
pour ses livres, qui "m'ont aussi beaucoup aidée quand j'étais en
résidence surveillée"."Ils représentaient un voyage dans le vaste
monde, d'autres pays et d'autres idées", a-t-elle expliqué.
Dans le cadre de cette visite d'une semaine au Royaume-Uni,
l'opposante birmane doit s'adresser jeudi aux deux chambres
réunies du Parlement britannique dans l'enceinte solennelle de
Westminster Hall, un honneur conféré seulement quatre fois à des
dignitaires étrangers dans le passé -dont Charles de Gaulle et
Nelson Mandela.
Auparavant, elle aura rencontré à la mi-journée le Premier
ministre David Cameron, avec lequel elle donnera une conférence
de presse commune, et le prince Charles.
Son séjour britannique doit s'achever le 26 juin, date à laquelle
elle mettra le cap sur la France.