DAMAS (AFP)
La Turquie a réclamé dimanche une réunion de l'Otan au sujet de
son avion abattu vendredi par la Syrie, dont le régime a encore
perdu des soldats dans les violences qui font désormais
régulièrement une centaine de morts par jour.
La Turquie a remis une note de protestation officielle à la Syrie
dénonçant cet incident grave, qualifié d'"éhonté" et
"inacceptable" par la secrétaire d'Etat américaine Hillary
Clinton qui a promis de travailler avec Ankara sur une réaction
appropriée.
Elle a dénoncé le "non-respect" par les autorités syriennes "des
lois internationales, de la vie humaine, de la paix et de la
sécurité".
Après 116 morts samedi, la répression et les combats ont fait
dimanche 86 morts dont 55 civils, 27 soldats et 4 rebelles, tués
pour la plupart dans des combats dans les provinces d'Alep,
d'Idleb (nord) et de Deir Ezzor (est) selon l'Observatoire syrien
des droits de l'Homme (OSDH).
De l'autre côté de la frontière, les autorités turques, qui
avaient joué l'apaisement samedi, ont affirmé que l'avion de
chasse turc abattu vendredi en Méditerranée volait alors dans
l'espace aérien international, à 13 milles nautiques (25 km) de
la Syrie, pour une mission d'entraînement sans armes.
leee Ankara a réclamé une réunion d'urgence de l'Otan, dans le
cadre de l'article 4 du traité fondateur de l'Alliance, qui
permet des consultations "chaque fois que (...) l'intégrité
territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une
des parties sera menacée". L'Alliance atlantique a confirmé que
la réunion se tiendrait mardi.
Les deux pilotes de l'avion étaient toujours portés disparus.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a
prévenu Damas que "personne ne peut se permettre de mettre à
l'épreuve les capacités (militaires) de la Turquie", précisant
toutefois que l'option militaire n'était pas d'actualité pour
riposter.
Les relations entre Ankara et Damas, deux alliées avant le début
du mouvement de contestation contre Bachar al-Assad en mars 2011,
sont très tendues. La Turquie a appelé au départ du président
syrien et accueille sur son sol 32.500 réfugiés syriens ainsi que
des soldats rebelles et l'opposition politique.
Avant ces déclarations, le porte-parole du ministère syrien des
Affaires étrangères, Jihad Makdessi, a répété que l'avion turc
avait été abattu "à l'intérieur de l'espace aérien syrien", et
qu'il s'agissait "d'un incident et non d'une agression", Damas
n'ayant fait qu'exercer son "droit de défense".
L'Iran, allié de Damas, a demandé à la Turquie et à la Syrie de
faire preuve de "retenue" tandis que le secrétaire général de
l'ONU, Ban Ki-moon, et le chef de la diplomatie britannique
William Hague ont fait part de leur "profonde préoccupation".
L'Organisation de coopération islamique (OCI), s'est inquiétée
des répercussions de l'incident sur "la sécurité et la stabilité
régionales".
"100 morts tous les jours"
Entretemps, le cargo russe transportant hélicoptères Mi-25 et
armes pour Damas, qui avait dû faire demi-tour au large de
l'Ecosse sans avoir pu se rendre en Syrie, a accosté dimanche
dans un port du nord-ouest de la Russie, où il attend désormais
des instructions.
Des appareils de ce type ont été utilisés dans la répression
menée par le régime syrien ces derniers mois. Cette livraison
d'armes doit être évoquée lors des discussions prévues
prochainement entre le ministre russe des Affaires étrangères
Sergueï Lavrov et son homologue américaine Hillary Clinton à
Saint-Pétersbourg.
Sur le terrain, les violences ont atteint un nouveau pallier,
avec des bilans qui dépassent quotidiennement la centaine de
morts.
"Il est devenu normal d'avoir 100 morts tous les jours", a
déploré le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, à l'AFP,
dénonçant l'"absence de décisions de la communauté
internationale" au sujet de la crise en Syrie.
Parmi les victimes de dimanche figurent 16 civils, dont une
enfant, tués dans la ville de Deir Ezzor (est), sous le feu de
l'armée depuis plusieurs jours en raison de la grande
concentration de rebelles qu'elle abrite.
L'agence officielle Sana rapporte également des combats dans la
ville où les forces du régime ont tué "des dizaines de
terroristes", indiquant par ailleurs qu'un "groupe terroriste a
enlevé le mufti de Deir Ezzor, Abdel Kader el-Raoui".
Sur le plan politique, le régime a annoncé samedi un nouveau
gouvernement, aussitôt dénoncé par l'opposition comme un jeu de
dupes. L'ancienne garde a été maintenue, même si pour la première
fois, un portefeuille de "réconciliation nationale" a été créé.