DAMAS (AFP)
La Turquie a accusé lundi la Syrie d'avoir commis un acte
"hostile au plus haut point" après la destruction de l'un de ses
avions de combat, faisant craindre une escalade de la crise entre
les deux voisins, à la veille d'une réunion de l'Otan.
Entretemps, le bilan des violences en Syrie s'alourdit sans cesse
à mesure que s'intensifient les bombardements de l'armée contre
les bastions rebelles, surtout à Homs (centre), avec 95 tués,
dont 61 civils, 3 déserteurs et 31 soldats, selon l'Observatoire
syrien des droits de l'Homme (OSDH).
La guerre des mots s'est enflammée entre la Turquie et la Syrie
dont les forces de défense aériennes ont abattu vendredi un avion
de combat turc. Damas a affirmé que l'avion avait violé son
espace aérien, alors qu'Ankara a dit que l'appareil était dans
l'espace aérien international.
"Prendre pour cible un avion de cette façon, sans avertissement
préalable, est un acte hostile au plus haut point", a affirmé le
vice-Premier ministre turc et porte-parole du gouvernement Bülent
Arinç à l'issue d'un conseil des ministres. M. Arinç a aussi
affirmé qu'un avion de sauvetage en mer turc avait essuyé des
tirs syriens alors qu'il menait des recherches pour retrouver les
pilotes du F-4 Phantom. "Notre état-major a appelé les autorités
syriennes et ce harcèlement a immédiatement cessé".
Il a également menacé d'interrompre les exportations
d'électricité de la Turquie vers la Syrie en représailles, même
si cela pourrait affecter la population civile déjà affectée par
plus de 15 mois de violences déclenchées par la répression du
régime de la révolte populaire lancée le 15 mars 2011.
Damas a accusé auparavant Ankara de vouloir "attiser" la crise et
mis en garde contre toute "agression" contre le territoire
syrien. "L'avion militaire turc a violé l'espace syrien", selon
les Affaires étrangères, en disant "ignorer" la nature de la
cible abattue.
Plusieurs pays occidentaux se sont mobilisés dans cette crise, la
secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton promettant de
travailler avec Ankara sur une réaction appropriée face à cet
acte "éhonté".
L'Otan tiendra mardi à Bruxelles une réunion à la demande de la
Turquie qui a invoqué "l'article 4 du traité" de l?Alliance
prévoyant que tout pays membre peut porter une question à
l?attention du Conseil quand il estime que son intégrité
territoriale ou sa sécurité est menacée. Selon des experts
spécialisés russes cités par l'agence d'Etat Ria Novosti, Le F-4
Phantom abattu testait la défense antiaérienne syrienne pour le
compte de l'Otan et sa destruction a montré l'efficacité des
systèmes russes dont est équipée la Syrie.
Nouvelle défection
Pour ajouter à la tension, un nouveau général syrien a fait
défection en Turquie, portant à 13 le nombre de généraux syriens
déserteurs dans ce pays jadis allié du régime du président Bachar
al-Assad mais avec qui il a coupé les ponts pour protester contre
sa répression de la contestation. Le général non identifié est
entré en Turquie en compagnie de deux colonels et de cinq autres
officiers ainsi que 24 membres de leurs familles, soit un groupe
de près de 200 personnes, selon une source diplomatique turque.
La Turquie héberge dans le sud plus de 33.000 réfugiés syriens,
ainsi que la direction de l'Armée syrienne libre et les réunions
du Conseil national syrien (CNS), la principale coalition de
l'opposition syrienne.
Les derniers jours ont été particulièrement sanglants en Syrie,
avec des bilans proches d'une centaine de morts chaque jour, dont
91 morts dimanche, selon l'Observatoire syrien des droits de
l'Homme. La situation semblait particulièrement difficile à Homs,
où des habitants ont lancé un appel au secours relayé par le CNS:
"Nous sommes la cible de bombardements continus et sans pitié,
par des lance-roquettes, des hélicoptères militaires, des obus de
mortier, des chars et des armes lourdes".
"Un crime des plus odieux se déroule sous vos yeux et vous
n'aidez toujours pas les victimes. Ce qui se passe en Syrie,
n'est pas un conflit politique mais un génocide, une purification
ethnique", ont poursuivi les habitants, accusant le régime
alaouite de viser les quartiers sunnites.
Dans la région de Homs, à Qousseir, un correspondant de l'AFP a
rapporté que l'armée a lancé une violente attaque contre cette
ville, soutenue par des hélicoptères.
Nouvelles sanctions
Elles s'ajoutent à une quinzaine de trains de sanctions en un an.
Mais ces mesures n'ont pas fait plier le régime qui continue de
profiter des divisions internationales pour intensifier la
répression qui, avec les combats, a fait plus de 15.000 morts en
plus de 15 mois selon l'OSDH.
Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays est un allié du
régime Assad, a entamé en Israël une visite au Proche-Orient pour
défendre la position de Moscou notamment sur la question
syrienne. Il y a souligné que "les changements démocratiques
devraient se dérouler de manière civilisée".
Depuis le début de la contestation populaire en Syrie, qui s'est
militarisée face à la répression sanglante, Moscou bloque toute
résolution de l'ONU condamnant le régime et refuse toute
transition par la force.