LISBONNE (AFP)
"France, Suisse, Luxembourg: je suis prêt à partir pour n'importe
lequel de ces pays où l'on parle français!", confie Octavio
Tavares, un électricien au chômage résidant à Lisbonne, après
plus de sept mois de recherches d'emploi infructueuses.
"Mon CV et mes lettres de motivation sont déjà traduits. Dès que
je vois une annonce sur l'internet qui m'intéresse, je n'ai plus
qu'à les envoyer", raconte à l'AFP cet homme de 39 ans, père de
deux fillettes de deux et neuf ans, ayant quelques notions de
français acquises à l'école.
"Mon projet serait de partir seul dans un premier temps et puis
de faire venir ma famille ensuite", observe-t-il, ajoutant qu'il
a déjà obtenu deux réponses d'entreprises françaises il y a
quelques mois mais n'avait pu partir "pour des raisons
familiales". Il n'a pas reçu de nouvelles offres depuis.
Licencié en novembre dernier d'une PME d'une vingtaine
d'employés, qui sous-traitait les travaux d'électricité d'une
grande entreprise de bâtiment ayant fait faillite, Octavio
Tavares se rend compte que la filière est parmi les plus
sinistrées et décide d'élargir ses recherches.
"J'ai postulé pour des emplois dans la distribution, les
télécommunications... Mais la réponse est toujours la même: on me
demande d'attendre", indique ce Portugais né en Afrique, au
Cap-Vert.
Des milliers de ses compatriotes ont eux aussi décidé de
reprendre le chemin de l'émigration pour fuir la récession et le
chômage record de 15,5% prévu cette année. Selon l'OCDE, ils
seraient plus de 70.000 à partir chaque année.
Sous assistance financière internationale de l'Union européenne
et du FMI depuis mai 2011, le Portugal est soumis à une sévère
cure d'austérité qui a mis en difficulté de nombreuses familles.
Nouvelles destinations
"Vous imaginez! Je dois payer un loyer de 350 euros et je ne
touche que 400 euros d'allocation chômage. Pour manger, on survit
péniblement grâce aux 300 euros de mon épouse, qui est femme de
ménage", explique M. Tavares.
"Pour économiser, soupire-t-il, on a été contraint de retirer nos
filles de la cantine, arrêter de conduire la voiture, supprimer
notre abonnement à l'internet. C'est vraiment très compliqué..."
Aujourd'hui, les Portugais ne sont plus seulement attirés par les
destinations traditionnelles des années 60, comme les pays du
nord de l'Europe. Ils se tournent également vers les anciennes
colonies portugaises, comme l'Angola et le Brésil, en plein essor
économique.
Le Brésil attire aujourd'hui une main-d'oeuvre essentiellement
qualifiée, notamment des jeunes à la recherche d'un premier
emploi. Les Portugais n'ayant pas besoin de visa pour les séjours
touristiques, ils régularisent souvent leur situation sur place
après avoir signé un contrat.
La grande majorité de ceux qui choisissent l'Angola ont déjà un
contrat de travail en poche avant de partir, ce qui facilite
l'obtention du visa, dans des secteurs aussi divers que la
finance, les nouvelles technologies ou encore le bâtiment.
Maçon de 36 ans, Joao Pratas recherche un emploi désespérément
depuis un an. Ces dernières semaines, il a multiplié ses
recherches d'emploi sur l'internet, ciblant en priorité l'Angola
et le Brésil.
"Ne trouvant pas de travail dans mon domaine, je me suis inscrit
au centre d'emploi pour faire une formation en pâtisserie, on m'a
répondu qu'il y avait 90 personnes devant moi. Que voulez-vous!
Il ne me reste plus qu'à émigrer", affirme, résigné, ce chômeur
vivant dans la banlieue sud de Lisbonne.
"Pour l'instant je n'ai pas eu de réponses", dit-il, assurant
être "prêt à partir n'importe où".