NAYPYIDAW (AFP)
Plusieurs conservateurs du régime birman ont été donnés partant
mercredi, une victoire importante pour les réformateurs
rassemblés autour du président Thein Sein, alors que les députés
du parti d'opposition d'Aung San Suu Kyi faisaient leurs premiers
pas au parlement.
Un haut responsable birman a indiqué que sans doute trois
ministres devraient prochainement quitter leurs fonctions. "Ce
remaniement est pour bientôt", a-t-il indiqué à l'AFP sous
couvert de l'anonymat, confirmant que les victimes de la purge
étaient "connues comme des conservateurs".
Parallèlement, l'agenda du parlement confirmait la démission pour
"raisons de santé" du vice-président Tin Aung Myint Oo.
Ce proche de l'ex-patron de la junte aujourd'hui retraité, le
généralissime Than Shwe, s'était retiré dans un monastère en mai.
Son successeur devra être désigné avant le 10 juillet. Un
candidat sera choisi par les militaires, qui occupent un quart
des sièges, avant d'être approuvé par le parlement.
Ces annonces simultanées sont intervenues alors que les députés
de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) ont siégé pour la
première fois, en l'absence notable de leur chef de file,
tournant la page à 20 ans de lutte quasi-clandestine.
Le parti, créé en 1988, avait remporté les élections deux ans
plus tard sans jamais accéder au pouvoir. Il avait ensuite
boycotté le scrutin de 2010, avant de réintégrer l'échiquier
politique lors des élections partielles d'avril. Et de remporter,
triomphalement, 43 des 44 sièges brigués -- dont 37 à la chambre
basse.
Suu Kyi, 67 ans, revenue samedi d'un voyage éreintant de plus de
15 jours en Europe, a obtenu de ne pas assister aux séances de
cette semaine. Elle doit se rendre dans sa circonscription rurale
près de Rangoun et ne fera ses premiers pas de députée que lundi
dans la capitale Naypyidaw.
Thein Sein, ancien général, semble pour sa part consolider son
pouvoir, un an et demi après l'auto-dissolution de la junte de
Than Shwe, avec désormais une plus grande marge de manoeuvre, a
estimé Nicholas Farrelly, de l'Université nationale australienne.
Les réformateurs réunis autour de lui "ont déjà fait des
changements audacieux dans les institutions politiques et
économiques et pays. Une équipe de direction rafraîchie renforce
le message que le processus de transition a besoin de nouvelles
têtes".
Accueilli d'abord avec le plus grand scepticisme par l'opposition
et les Occidentaux, Thein Sein a su convaincre, obtenant dès
avril dernier la suspension des sanctions de l'Union européenne.
C'est lui, soulignent les analystes, qui a proposé à Suu Kyi de
participer au processus, renvoyant à l'Histoire l'époque où elle
était l'ennemie publique numéro un, privée de liberté pendant
plus de 15 ans.
La chambre basse compte donc désormais une opposition, certes
très minoritaire (10% des sièges environ), mais acceptée en
apparence par ses ennemis d'hier.
"J'espère que les capacités du parlement, sa dignité et sa
réputation seront renforcées grâce à la coopération des nouveaux
représentants", a déclaré le président de la chambre et ancien
général, Shwe Mann.
Le parlement "est la meilleure démonstration possible de nos
efforts vers la démocratie", a relevé pour sa part Phyo Min
Thein, député LND. "En tant que premier parti de l'opposition,
nous devons renforcer notre capacité à travailler en équipe".
Les observateurs soulignent que Suu Kyi va tenter de pactiser
avec les militaires de l'hémicycle.
"Nous n'irons pas au parlement avec l'intention d'en exclure qui
que ce soit", a-t-elle expliqué mardi, évoquant sa volonté
maintes fois affichée de réduire la place de l'armée au sein du
pouvoir législatif. "Ce n'est qu'en coopérant que nous pourrons
modifier la Constitution."
Cette session devrait notamment être consacrée aux violences dans
l'Etat Rakhine (ouest) entre communautés musulmane et bouddhiste,
qui ont fait plus de 80 morts et des dizaines de milliers de
déplacés en juin. L'état d'urgence y est en vigueur depuis
presque un mois.
A l'ordre du jour figurera aussi la loi très attendue sur les
investissements, dans un marché prometteur mais dépourvu des
infrastructures légales nécessaires pour assouvir la soif des
grands groupes étrangers.