LE CAIRE (AFP)
Des centaines d'Egyptiens se rassemblent désormais régulièrement
devant le palais présidentiel pour présenter personnellement
leurs doléances à leur nouveau président, l'islamiste Mohamed
Morsi.
M. Morsi, issu des Frères musulmans, a officiellement prêté
serment samedi. Il s'est présenté après son élection comme le
président de "tous les Egyptiens" et a fait valoir sa proximité
avec le peuple, déclarant que son palais, situé dans le quartier
d'Héliopolis, était ouvert.
Si les mécontents se rassemblaient ces derniers mois place
Tahrir, où a débuté la révolution qui a aboutit à la chute de
l'ex-président Hosni Moubarak en février 2011, ils se rendent
désormais à la présidence pour manifester.
Des membres du personnel de M. Morsi ont indiqué avoir autorisé à
des manifestants à entrer au palais pour venir présenter
personnellement leurs doléances, une mesure sans précédent. Sous
le règne de Moubarak, la bureaucratie et les mesures de sécurité
draconiennes empêchaient tout Egyptien de se rapprocher de la
présidence.
Chehata Etman, employé du fabricant de pneus Pirelli à Alexandrie
contraint de prendre une retraite anticipée et spolié de ses
droits, s'en est ainsi remis à Morsi pour régler ses problèmes.
"Nous avons protesté pendant deux ans dans l'entreprise et
personne ne nous a écoutés. Nous avons manifesté aussi devant
l'ambassade d'Italie et personne n'a réagi, alors nous avons
décidé de venir directement voir le président, peut-être il sera
à l'écoute et fera quelque chose", a-t-il dit à l'AFP.
Des ouvriers d'entreprises du textiles et du ciment, réclamant
des contrats permanents ou une amélioration des conditions de
travail, scandaient des slogans et brandissaient des pancartes
mardi. D'autres militants organisaient une conférence de presse
pour demander la libération de détenus politiques.
Plusieurs femmes ont tenté pour leur part de s'infiltrer dans le
palais par une petite porte avant d'être repoussées par la
sécurité.
Ces scènes étaient inimaginables du temps de M. Moubarak qui a
règné sans partage sur la pays pendant 30 ans, un sentiment
résumé par le quotidien gouvernemental al-Ahram qui écrivait à ce
propos mercredi en Une: "les gens connaissent à présent le chemin
du palais".
"Une des réalisations de la révolution du 25 janvier (2011) est
que les Egyptiens se sont affranchis de leur peur, de leur peur
de l'autorité", ajoute le journal.
"Qui aurait osé se rapprocher des portes du palais présidentiel,
ou se plaindre à son excellence" Hosni Moubarak, s'interroge
Al-Ahram.
Pour le quotidien indépendant Al-Tahrir, "les protestations
devant le palais présidentiel ont mis fin à l'ère de Tahrir", la
place emblématique qui fut l'épicentre de la révolte populaire de
janvier-février 2011 qui a chassé le raïs.