MOSCOU (AFP)
Trois membres du groupe de punk anti-Poutine Pussy Riot accusées
de "hooliganisme" ont annoncé mercredi une grève de la faim pour
dénoncer la décision d'un tribunal de leur accorder seulement
cinq jours pour examiner leur dossier, une décision "illégale"
selon elles.
"J'annonce une grève de la faim car c'est illégal" d'accorder si
peu de temps à l'examen d'un dossier volumineux, a déclaré
Nadejda Tolokonnikova lors d'une audience préliminaire devant le
tribunal Taganski à Moscou.
"Jusqu'au 9 juillet, ce n'est pas suffisant pour moi. Je vais
faire appel", a ajouté la jeune femme portant un tee-shirt où il
était écrit le slogan espagnol "No pasaran" (Ils ne passeront pas
!).
Peu après, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina ont fait
part de la même décision, après que le tribunal leur a accordé un
délai similaire pour leurs cas respectifs.
Le président du tribunal avait déclaré auparavant que ce délai
serait "suffisant pour lire les documents".
Cette décision intervient après que les enquêteurs ont appelé à
ouvrir rapidement le procès, accusant la défense de tenter de
retarder cette échéance.
Un des avocats de la défense, Nikolaï Polozov, a de son côté
dénoncé ces agissements.
"Cela devient de plus en plus dur pour l'enquête de répondre à
cette question: pourquoi sont-elles emprisonnées ?", a-t-il dit à
l'AFP.
"Leur travail maintenant est d'organiser le procès le plus vite
possible, de les condamner et de les envoyer en colonie
pénitentiaire", a-t-il ajouté.
Les trois jeunes femmes sont en détention provisoire depuis plus
de quatre mois pour avoir improvisé le 21 février, encagoulées,
avec guitares et sonorisation, une "prière punk" intitulée "Marie
mère de Dieu - chasse (Vladimir) Poutine !", l'actuel président
russe, dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.
Elles encourent jusqu'à sept ans de détention pour
"hooliganisme".
L'affaire a suscité de nombreuses réactions de désapprobation en
Russie, pays qui a connu depuis la chute du régime soviétique en
1991 un renouveau religieux.
Mais de nombreuses personnalités revendiquant leur appartenance à
la communauté orthodoxe ont désapprouvé la gravité des charges
retenues contre les trois jeunes femmes.
Mercredi, la police a interpellé une douzaine de partisans du
groupe de punk rock, qui s'étaient réunis devant le tribunal.
Trois manifestants s'étaient notamment enfermés en pleine rue
dans une cage, qu'ils avaient scellée avec des cadenas, pour
dénoncer la détention des trois jeunes femmes, avant que la
police ne parvienne à l'ouvrir et à les interpeller.
"Je pense que le comportement de l'Etat d'utiliser l'Eglise pour
couvrir ses actes est tout à fait criminel. C'est une affaire
profondément politique", a déclaré une manifestante,
l'historienne Elena Glouchko, portant un tee-shirt où il était
écrit "La Vierge Marie nous entend."