NEW DELHI (AFP)
De hauts responsables de la diplomatie indienne et pakistanaise
se sont rencontrés mercredi à Delhi pour poursuivre le fragile
dialogue de paix, miné par de nouvelles tensions liées à des
accusations sur la responsabilité d'Islamabad dans les attentats
de Bombay en 2008.
Ces deux pays voisins d'Asie du sud, dotés de l'arme nucléaire,
avaient suspendu leur processus de paix débuté en 2004 après les
sanglants attentats qui avaient fait 166 morts. Le dialogue de
paix a repris dans son intégralité en février 2011, offrant
jusqu'ici peu d'avancées concrètes.
Une source au sein du gouvernement indien a reconnu que les
discussions mercredi entre le secrétaire indien aux Affaires
étrangères, Ranjan Mathai, et son homologue pakistanais, Jalil
Abbas Jilani, avaient pour seul objectif de maintenir "le
processus de dialogue sur les rails".
Leur rencontre avait été fixée à fin juin mais elle a dû être
repoussée en raison de l'incertitude qui a suivi la destitution
de Yousuf Raza Gilani au poste de Premier ministre du Pakistan
par la Cour suprême.
Les analystes estiment que la situation politique interne au
Pakistan a ralenti l'avancée du dialogue de paix entre les deux
pays rivaux, qui se sont fait trois fois la guerre depuis la
partition du sous-continent en 1947.
De nouvelles tensions ont en outre émergé après l'arrestation le
21 juin d'un suspect présumé clé dans l'organisation des
attentats de Bombay, perpétrés par un commando de dix hommes
lourdement armés basés au Pakistan.
Le ministre indien de l'Intérieur, P. Chidambaram, a affirmé la
semaine dernière que l'interrogatoire du suspect, Sayed Zabiuddin
Ansari, un Indien membre du groupe islamiste basé au Pakistan
Lashkar-e-Taïba (LeT), confirmait les accusations de l'Inde
concernant une implication de l'Etat pakistanais.
Ansari, aussi connu sous le nom d'Abu Hamza, a reconnu avoir aidé
à coordonner les attentats depuis un poste de commande situé à
Karachi (sud du Pakistan). Pour l'Inde, ses aveux confirment
l'implication d'"éléments étatiques" pakistanais.
Les services de renseignement pakistanais (ISI) sont souvent
accusés de collusion avec des groupes extrémistes islamistes tels
que le LeT, voire de les instrumentaliser à des fins
stratégiques.
Le Pakistan, qui ne cesse de démentir ces allégations, a
poursuivi en justice sept personnes pour leur rôle présumé dans
les attentats, mais leurs procès, qui ont débuté en 2009, ont été
maintes fois reportés.
"Le jeu des accusations a repris une nouvelle fois et la
rencontre entre les deux secrétaires intervient à un tournant
crucial", a estimé Wilson John, un expert en politique étrangère
au sein du groupe de réflexion indépendant Observer Research
Foundation, basé à New Delhi.
Islamabad a demandé à l'Inde de partager ses informations sur
Hamza, pour lui permettre le cas échéant de "prendre des
mesures", et l'a invité à ne pas l'accuser prématurément.
De fait, le ministre indien des Affaires étrangères, S.M.
Krishna, a déclaré mardi que les informations recueillies auprès
du suspect devraient être confirmées par d'autres sources.
"A ce moment là, nous devrons évaluer si nous pouvons croire le
Pakistan ou non", a-t-il déclaré à des journalistes de retour
d'une visite au Tadjikistan, évoquant au passage "le grand
regret" de voir le fondateur du LeT, Hafiz Saeed, accusé d'être
le cerveau des attentats, "circuler librement au Pakistan".
Les Etats-Unis ont récemment promis une récompense de 10 millions
de dollars pour des informations permettant la capture de Saeed.