DAMAS (AFP)
L'émissaire international Kofi Annan doit s'entretenir mardi avec
de hauts responsables en Iran, solide allié de Damas, des moyens
de mettre un terme à la crise en Syrie, qui a encore débordé dans
la nuit au Liban voisin.
Cette visite intervient au lendemain d'une rencontre à Damas
entre M. Annan et le président syrien Bachar al-Assad qui ont
convenu d'une nouvelle "approche" de la crise, qui a fait plus de
17.000 morts en près de 16 mois, selon l'Observatoire syrien des
droits de l'Homme (OSDH).
Malgré la multiplication des réunions internationales et des
déclarations, les violences ne faiblissent pas à travers le pays,
faisant encore lundi 89 morts -- 31 civils, 34 soldats et 24
rebelles.
Kofi Annan, chargé par l'ONU et la Ligue arabe de trouver une
solution pacifique au conflit syrien, doit rencontrer à Téhéran
le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, et
le secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité
nationale, Saeed Jalili, selon la chaîne iranienne en arabe
Al-Alam.
"Je suis ici (...) pour voir comment nous pouvons travailler
ensemble pour aider à régler la situation en Syrie", a déclaré M.
Annan à son arrivée lundi, selon son porte-parole Ahmed Fawzi.
L'émissaire, qui avait reconnu samedi l'échec de son plan de
sortie de crise, a plusieurs fois plaidé pour que Téhéran, qui "a
de l'influence" en Syrie, soit associé à la recherche d'un
règlement, mais s'est heurté au refus des Américains et des
Européens.
Il avait annoncé son intention de "rendre compte" aux dirigeants
iraniens des résultats de la réunion du Groupe d'action sur la
Syrie, qui a rassemblé fin juin à Genève les membres permanents
du Conseil de sécurité de l'ONU, plusieurs pays représentant la
Ligue arabe, et la Turquie.
"Discussions constructives" Malgré l'insistance de la Russie,
l'Iran avait été tenu à l'écart de cette réunion qui a abouti à
un accord sur un processus de transition prévoyant la formation
d'un gouvernement réunissant des représentants du pouvoir et de
l'opposition, sans mentionner le départ d'Assad réclamé en
préalable par l'opposition.
Lundi, lors de sa troisième visite en Syrie depuis sa prise de
fonctions, M. Annan a affirmé avoir tenu des "discussions très
franches et constructives" avec M. Assad, dont le régime tente
d'écraser une contestation qui s'est militarisée au fil des mois.
"Nous avons discuté de la nécessité de la fin des violences et
des moyens d'y parvenir. Nous nous sommes mis d'accord sur une
approche que je vais partager avec l'opposition armée", a-t-il
déclaré à la presse, sans plus de détails.
Le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères,
Jihad Makdissi, a également qualifié de "constructive" la réunion
entre les deux hommes, affirmant que la conférence de Genève
avait été perçue par MM. Annan et Assad "comme un pas important
en vue de faire avancer le processus politique" et avait "créé un
environnement de dialogue".
L'opposition syrienne a critiqué la rencontre Annan-Assad,
estimant que l'échec de la mission de M. Annan appelait une
action internationale urgente et des mesures contraignantes de
l'ONU pour faire cesser la répression.
Officiellement accepté par le régime et par l'opposition il y a
trois mois, le plan Annan est jusqu'à présent resté lettre morte.
Les violences sur le terrain se sont paradoxalement intensifiées
depuis l'entrée en vigueur officielle du cessez-le-feu le 12
avril, avec environ 6.000 morts, selon l'OSDH.
Armes russes en Syrie
Le conflit a encore débordé dans la nuit au Liban: des obus
lancés du côté syrien se sont abattus sur le sol libanais après
un échange de tirs nourris des deux côtés de la frontière, "sur
plusieurs points de passage illégaux", a affirmé à l'AFP un
responsable des services de sécurité, sans faire état de victimes
dans l'immédiat.
Cet incident intervient deux jours après la mort de deux
personnes lors d'accrochages et d'explosions dans la zone, dans
l'incident le plus meurtrier survenu au Liban depuis le
déclenchement de la révolte en Syrie en mars 2011.
Dans ce contexte de violences croissantes, le chef du Conseil
national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition
syrienne, Abdel Basset Sayda, a appelé la Russie à cesser de
livrer des armes au régime de Damas si elle voulait "maintenir de
bonnes relations avec le peuple syrien".
Attendu mercredi à Moscou, M. Sayda a indiqué qu'il évoquerait ce
sujet avec les autorités.
Des responsables chargés des exportations d'armes russes ont
indiqué que la Russie ne conclurait pas de nouveaux contrats
d'armement avec son allié syrien tant que la situation n'est pas
stabilisée dans ce pays, une déclaration accueillie avec prudence
par l'ONU et Washington.
"Il faut que les Russes mettent un terme à tous les transferts
d'armes, pas seulement les contrats en cours mais aussi tous les
nouveaux contrats", a insisté le porte-parole de la diplomatie
américaine, Patrick Ventrell.