MAARZEITA (AFP)
"Aujourd'hui, j'ai expérimenté la démocratie et la liberté":
alors que les combats font rage en Syrie, les habitants d'un
village rebelle de Jabal al-Zawiya (nord-ouest) préparent déjà
l'après-Assad en organisant leurs premières élections municipales
libres.
A Maarzeita, les 600 hommes de plus de 18 ans du village sont
appelés à élire les neuf membres de leur "Conseil local
révolutionnaire".
A l'extérieur du bureau de vote improvisé dans l'école du
village, les noms des 21 candidats sont inscrits sur une liste.
Deux jeunes recopient les neuf noms qu'ils ont sélectionnés sur
un morceau de papier blanc qui fait office de bulletin de vote.
D'autres écrivent leur liste sur un coin de table, en se cachant
d'une main, aucun isoloir n'a été installé. L'ambiance est bon
enfant mais les votants sont disciplinés et aucun incident n'a
été signalé durant les six heures de vote.
A l'entrée, des militaires dissidents régulent la queue qui se
forme, faisant entrer par petits groupes les électeurs, des
hommes, de tous âges, portant une abaya, la tunique
traditionnelle, ou habillés à l'occidentale.
Seule ombre, de taille, à ce tableau, aucune femme n'est
candidate et seuls les hommes se sont présentés au bureau de
vote.
Si dans cette région pauvre de la Syrie, les femmes participent
au même titre que les hommes aux manifestations hostiles au
régime du président Bachar al-Assad, l'une d'entre elle a dit à
l'AFP avoir été empêchée de participer à ce scrutin.
A l'intérieur, derrière une table recouverte d'un drapeau de la
révolution syrienne, le chef du bureau entouré de plusieurs
assesseurs coche l'identité des votants et surveille l'urne en
plastique transparent qui trône en bout de table.
Parmi les organisateurs de ce vote sans précédent, une majorité
d'enseignants et quelques commerçants.
"Aujourd'hui, j'ai expérimenté la démocratie et la liberté", se
réjouit un électeur d'une vingtaine d'années, vêtu d'une chemise
blanche.
Son ami, venu voter avec lui, renchérit: "Auparavant, que ce soit
pour les élections présidentielle ou parlementaires, on nous
obligeait à voter pour un candidat. Aujourd'hui, c'est la
première fois qu'on ne subit aucune influence".
Les habitants racontent les élections précédentes aux résultats
connus d'avance, le candidat unique était alors appointé par le
parti Baas, au pouvoir depuis 1963 en Syrie, et souvent
parachuté.
Cette fois-ci, lors de ce scrutin inédit en Syrie, Maarzeita a
élu des enfants du pays, dont Ahmed Khatib al-Ilmi, la
trentenaire, qui a remporté le plus de suffrages avec 250 voix
sur les 433 bulletins recensés.
Certains tentent de contester les résultats à l'issue du
dépouillement fait en public au milieu de la fumée des cigarettes
des assesseurs et des notables appelés d'autres villages pour
surveiller le bon déroulement du scrutin.
Rapidement, le chef du bureau reprend la situation en main,
brandissant ses listes où sont cochés les noms des votants et où
sont reportés les nombres de voix.
Jabal al-Zawiya est une région montagneuse pauvre farouchement
hostile au régime et considérée par les insurgés comme une des
zones les plus autonomes et sûres de Syrie en proie depuis plus
de 16 mois à une révolte réprimée dans le sang par le régime.
Bientôt, assurent fièrement les habitants, tous les villages de
Jabal al-Zawiya suivront leur exemple.