HANOI (Vietnam) (AFP)
Comme de plus en plus de Vietnamiens, Pham Dang Tien est le fier
propriétaire d'un fidèle compagnon canin. Mais dans un restaurant
bondé de Hanoï, il n'hésite à mordre à pleines dents dans un mets
prisé en cette fin de mois lunaire: une juteuse viande de chien.
Un paradoxe qui ne semble pas le déranger le moins du monde.
"Nous ne tuons jamais nos propres chiens pour leur viande. Là je
mange dans un restaurant, alors je me fiche de savoir quels
chiens ils ont tués ou comment!", justifie le quinquagénaire qui
pense que manger de la chair canine apporte chance et virilité.
Comme lui, beaucoup de Vietnamiens estiment que ce plat
traditionnel, qui implique généralement de battre à mort les
animaux, peut coexister avec l'amour grandissant pour les
toutous.
Pendant les années de vaches maigres de l'après guerre du
Vietnam, les autorités avaient drastiquement limité la possession
d'animaux de compagnie.
Mais avec l'ouverture du pays communiste et l'augmentation du
niveau de vie, le chien a pris toute sa place dans les familles
et la jeune génération rechigne à imiter ses aînés.
"Je ne comprends pas comment les gens peuvent manger des chiens.
Ce sont des animaux de compagnie adorables", dénonce ainsi Nguyen
Anh Hong, adolescente de 16 ans.
D'autant que le toutou de l'un, dérobé par des voleurs ratissant
les petites villes des zones rurales, peut vite se retrouver dans
l'assiette de l'autre.
Ces vols --d'une valeur limitée par une viande qui se vend aux
alentours de 5 euros le kilo-- n'intéressent généralement pas la
police, mais les pertes sont inestimables pour les malheureux
propriétaires qui réagissent parfois violemment.
En juin, un homme qui voulait kidnapper un chien avait ainsi été
pris la main dans le sac et battu à mort par des villageois de la
province de Nghe An, selon le site d'information VNExpress.
Villageois qui avaient reçu un large soutien sur le web.
"Ce n'est pas bien de battre un homme à mort, mais n'importe qui
dans cette situation ferait la même chose", avait ainsi écrit un
lecteur, lui aussi victime.
Bouilli, au barbecue, sauce crevette
Dans le parc de la Réunification à Hanoï, chihuahuas et huskies,
moins à risque de se retrouver en vitrine d'un restaurant que les
bâtards des campagnes, sont particulièrement populaires auprès
des centaines de personnes qui promènent chaque jour leur
compagnon à quatre pattes.
"Au Vietnam aujourd'hui, élever un chien comme animal de
compagnie est à la mode", commente Cu Anh Tu, étudiant de 20 ans
et lui-même propriétaire d'un chien. "La jeune génération semble
beaucoup aimer les animaux".
Hoang Giang assure lui que toutes les bêtes servies dans son
restaurant sont élevées spécialement pour être mangées.
Et s'il constate la mode des animaux de compagnie, ce chef de 30
ans compte sur les gens des campagnes qui "continueront à voir
les chiens comme de la viande".
Traditionnellement, les Vietnamiens "mangent de la viande de
chien à la fin du mois lunaire pour de débarrasser de la
malchance. C'est ce que font souvent les hommes d'affaires",
explique-t-il, précisant qu'il sert jusqu'à sept chiens par jour
à cette période. Bouilli ou au barbecue, accompagné de sauce
crevette, de nouilles de riz et d'herbes fraîches.
Mais Nguyen Bao Sinh, propriétaire d'un salon de toilettage et
"hôtel" pour chiens à Hanoï, préfèrerait que ses compatriotes
s'inspirent d'autres cultures qui font une place à ces animaux
ailleurs que dans leurs assiettes.
Les Occidentaux "aiment les chiens dans cette vie. Ce point de
vue est très bon (...) Nous devrions aimer les chiens ici et
maintenant, dans cette vie. Nous ne devrions pas les tuer ou les
battre de façon barbare".
"Ce serait mieux si l'Etat avait une loi interdisant de manger de
la viande de chien", ajoute celui qui propose également des
places dans un cimetière dédié aux animaux, que des moines
viennent bénir chaque année.
"Malgré tout, nous ne devrions pas faire de discrimination ou
mépriser ceux qui mangent de la viande de chien", plaide-t-il,
espérant simplement convaincre la population de respecter un peu
plus le meilleur ami de l'homme.