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En Syrie, les rebelles islamistes croient en leur futur dans l'après-Assad

  • 9 Aug 2012
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BAB AL-HAWA (Syrie) (AFP)
Alep

Affalé sur un matelas, Mohammed Sensaoui ponctue ses phrases avec une baguette. "Vous voyez, j'ai une barbe et pas de moustache. Normal, je suis salafiste", dit ce rebelle syrien. Autour de lui, des combattants islamistes et une poignée d'étrangers.

Ces combattants contrôlent depuis juillet Bab Al-Hawa, un poste-frontière entre la Syrie et la Turquie. Ils sont quelques dizaines, régulièrement bombardés par les chars de l'armée régulière.

Le drapeau islamiste noir à lettres blanches claque au sommet du campement.

Une quinzaine d'hommes en armes, la plupart syriens, dorment ou jouent avec leur kalachnikov. A l'écart, certains n'ont pas l'air du coin.

"Nous ferons un Etat islamique jusqu'au Liban, où ils ont des putes et des casinos", lance Mohammed Sensaoui. Cet ancien entraîneur de natation a combattu à Damas. Il vitupère l'Occident et l'armée syrienne. Et les homosexuels "iraniens" dont il imite la copulation en se frottant les paumes.

A l'intérieur du poste-frontière, des bouteilles de whisky brisées jonchent le sol près du Duty Free pillé par les rebelles. Sur un mur: "l'islam est la solution".

"Quand nous gagnerons, ce sera oeil pour oeil. Ceux qui se rendront seront pardonnés, les autres seront tués", dit-il.

Ces combattants affirment appartenir à différents bataillons regroupés sous le même commandement.

"Nous menons parfois des opérations conjointes avec l'Armée syrienne libre", composée de déserteurs et de civils ayant pris les armes, explique Mohammed.

Alep

Les rebelles contrôlant le poste-frontière sont commandés par un ancien dentiste syrien, Mohammed Firas, qui dirige le "Conseil consultatif national", une appellation courante pour les groupes islamistes, et revendique 10.000 combattants.

Il minimise l'importance des rebelles de l'ASL, "un groupe parmi d'autres" et annonce déjà une lutte pour le pouvoir. "On verra après la chute du régime qui est le plus fort sur le terrain et qui peut gouverner le pays", dit-il.

"Nous ne représentons pas Al-Qaïda en Syrie. Nous menons des opérations à Idleb, Homs, Hama, Alep et Damas. Notre objectif est de propager notre mode de vie et de combattre l'armée", explique-t-il.

Depuis plusieurs semaines, les médias occidentaux font état d'une présence grandissante de combattants islamistes. Mais les combattants étrangers sont rares, et la majorité des groupes armés n'est pas constituée d'islamistes.

Des drapeaux qui empruntent à l'imaginaire d'Al-Qaïda sont certes apparus mais cela ne veut pas dire que l'islamisme soit l'idéologie dominante de la rébellion.

A Anadane, à l'ouest d'Alep, un officier supérieur déserteur se dit "contre les islamistes, pour la tolérance". "Je ne veux pas que des islamistes confisquent la révolution", dit le général Abdel Nasser Firzat. Son fils manipule un bandeau noir frappé d'un verset du Coran, comme de nombreux combattants radicaux. "Ca n'a rien d'islamiste pour moi", dit-il.

Dans les villages entourant Alep, près de la frontière turque, mêmes symboles islamistes: drapeaux, barbes et référence parfois à un grand Etat islamique.

"Sur 4.000 à 5.000 rebelles à Alep, 50 à 100 ont un programme islamiste radical", relativise le chef du Conseil militaire rebelle d'Alep, le colonel Abdel Jabar al-Oqaïdi.

Pour Peter Harling, analyste à l'International Crisis Group, "le spectre va de la rébellion classique aux groupes jihadistes radicaux qui ont recours à la rhétorique et aux symboles d'Al-Qaïda".

"Les groupes jihadistes ont gagné en visibilité et en poids. Mais militairement, ils jouent les seconds rôles", ajoute-t-il.

Abdel Qader Mohammed, un médecin de Hama joint sur Skype, accuse le régime syrien d'avoir "tout fait " pour que ces groupes radicaux apparaissent au sein de la rébellion "car il a intérêt à ce que ces groupes se développent parce qu'ils font peur à l'étranger et au peuple syrien", souligne-t-il.

Des groupes comme Al-Nousra ou Joundallah, inconnus jusque là, sont apparus dans le pays. Des journalistes néerlandais et britannique ont été retenus par des jihadistes étrangers près de la frontière turque avant d'être libéré par l'Armée syrienne libre.

Et de nombreux sites jihadistes ont publié des appels d'islamistes étrangers à rejoindre la révolte.

Hassan Abou Haniyeh, un expert des groupes islamistes à Amman, rappelle que "de 2003 à 2006, la plupart des jihadistes se rendant en Irak pour combattre les soldats américains venaient de Syrie". Ces groupes ont longtemps été dirigés en sous-main par les services de renseignement syriens. Mais ils ont pris leur indépendance.

"Toutes les conditions sont réunies pour qu'Al-Qaïda et les salafistes s'enracinent dans le pays. Le régime a perdu des pans entiers du pays, et Al-Qaïda s'implante justement quand il n'y a plus d'Etat", rappelle l'analyste.

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