NOUAKCHOTT (AFP)
Un des groupes islamistes armés qui occupent le nord du Mali où
ils appliquent la charia (loi islamique), Ansar Dine (Défenseurs
de l'islam), espère conquérir le sud du pays "sans combat", par
la persuasion, a affirmé son porte-parole, Senda Ould Boumama.
"Nous espérons parvenir à convaincre les gens de ce pays
(Sud-Mali) de nous rejoindre sans combat, pour que tous les
efforts puissent enfin être dirigés contre l'ennemi commun", à
savoir les "mécréants" non-musulmans, a affirmé M. Ould Boumama
dans un entretien au réseau des "défenseurs des jihadistes", site
islamiste favorable à Ansar Dine, consulté jeudi par l'AFP à
Nouakchott.
Selon lui, "l'expansion de l'autorité" d'Ansar Dine se fera "dans
la continuité de notre action, suivant deux axes fondamentaux".
Le premier est "la réalisation du projet islamique sur les
territoires que nous administrons" (le nord du Mali) où, selon
lui, "la priorité restera l'application de la charia,
l'enseignement, le prêche et la formation de générations futures
sur la base des préceptes et valeurs morales islamiques".
Le second "consistera à éviter de porter préjudice aux autres
jihadistes dans le monde, surtout en ces moments où la balance
penche désormais en faveur de la Umma islamique", la communauté
musulmane, a affirmé le porte-parole.
Il estime que son mouvement, dirigé par Iyad Ag Ghaly, doit
"s'armer de patience et faire les sacrifices humains et matériels
nécessaires" pour atteindre ses objectifs, en adoptant notamment
une "politique participative" pour amener les habitants du Nord à
adopter son approche et prendre part à sa réalisation.
Concernant les "frontières artificielles" entre pays de la région
sahélienne, il a indiqué que son mouvement n'avait pas encore
adopté de position définitive.
L'option militaire "inévitable"
"Nous savons que par principe, selon nos convictions religieuses,
admettre ces frontières équivaudrait à accepter l'hégémonie de
l'ordre colonial mécréant mondial" a-t-il dit, en admettant qu'il
y a "une différence entre les principes et les moyens de leur
mise en application".
Ansar Dine est, avec le Mouvement pour l'unicité et le jihad en
Afrique de l'Ouest (Mujoa), allié à Al-Qaïda au Maghreb islamique
(Aqmi). Les trois groupes armés occupent depuis fin mars tout le
nord du Mali - les deux-tiers du territoire de ce vaste pays du
Sahel - où ils imposent la charia.
Mercredi, les islamistes ont amputé la main d'un voleur à Ansongo
après avoir lapidé à mort un couple non marié à Aguelhok il y a
dix jours.
L'amputation s'est produite devant des dizaines de personnes sur
une place publique de la localité d'Ansongo, localité située au
sud de la grande ville du nord-est du Mali, Gao, a appris jeudi
l'AFP auprès d'un élu et d'un chef islamiste local qui a prévenu
que d'autres amputations auraient lieu bientôt.
"Ils ont amputé mercredi la main d'un voleur à Ansogo", a
déclaré, sous couvert de l'anonymat, l'élu de la région depuis
Gao, mais qui se trouvait à Ansongo la veille et a été témoin de
cette amputation d'un "voleur de moto", selon lui. Il a précisé
que "beaucoup de sang" a coulé lors de l'amputation.
Le gouvernement malien a estimé jeudi que les exactions commises
par les islamistes dans le nord du Mali "accréditent le caractère
inévitable de l'option militaire" pour reconquérir cette partie
du territoire qui représente les deux-tiers du pays.
"Au fil des jours, alors que des efforts pour une solution
négociée se multiplient, les pratiques des terroristes et des
narcotrafiquants habillés d'un faux voile religieux, accréditent
le caractère inévitable de l'option militaire", affirme un
communiqué du ministère de la Communication publié après
l'amputation de la main d'un voleur à Ansongo (nord-est).