MAASTRICHT (Pays-Bas) (AFP)
"Cannabis? Marijuana? J'ai de tout!", interpelle un jeune homme
assis le long de la Meuse, fleuve traversant Maastricht, dans le
sud-est des Pays-Bas : pour les dealers de rue, l'entrée en
vigueur de la "carte cannabis" en mai est une véritable aubaine.
"Ca va bien, on vend beaucoup pour le moment", assure le jeune
homme, qui dit s'appeler Mohammed, installé à quelques mètres de
familles venues profiter de la fraîcheur du cours d'eau en début
d'après-midi.
Le jeune homme négocie âprement le prix de 5 grammes de cannabis,
qu'il vendra finalement 35 euros, soit un peu moins que dans un
coffee shop. Non loin de là, sous un pont proche du centre-ville,
une vingtaine de dealers, seuls ou en groupes, attendent eux
aussi les chalands.
"J'ai aussi de la cocaïne, de l'héroïne, de l'ectasy : tu veux
quoi?", questionne l'un d'eux, assis sur une motocyclette grise,
donnant son numéro de téléphone à un client potentiel.
Entrée en vigueur le 1er mai dans le sud du pays, la "carte
cannabis" limite l'accès aux coffee shops aux seuls résidents des
Pays-Bas. Le reste du territoire néerlandais doit suivre le 1er
janvier 2013.
Son but est de lutter contre les nuisances --embouteillages,
tapage nocturne, dealers dans les rues-- provoquées par l'afflux
des millions d'étrangers venant chaque année dans les 670 coffee
shops des Pays-Bas, établissements où la vente de cannabis, cinq
grammes par personne au maximum, est tolérée depuis 1976.
Mais de nombreux touristes de la drogue continuent à faire le
déplacement, assure Mohammed : "moi je vends à des Français, des
Belges, des Allemands, des Espagnols et aussi à des Néerlandais".
Le trafic illégal de drogues a augmenté "considérablement" depuis
l'entrée en vigueur de la "carte cannabis", confirment dans une
étude les chercheurs de l'université de Tilburg (sud).
Ces derniers reconnaissent toutefois que les dealers de rue sont
moins présents autour des coffee shops que lors des deux semaines
ayant suivi l'entrée en vigueur de la "carte cannabis".
Les clients connaissent dorénavant mieux les adresses illégales
et les numéros de téléphone des dealers, qui livrent à domicile,
expliquent-ils.
"Nous avons perdu 90% de nos clients"
A moins de cent mètres de la Meuse, l'Easy Going, l'un des 14
coffee shops de la ville, est fermé car son propriétaire, Marc
Josemans, également président de l'Association des coffee shops
de la ville, refuse de faire de la discrimination
"Nous avons perdu près de 90% de nos clients", assure M.
Josemans, selon lequel 600 employés de coffee shops du sud du
pays ont perdu leur emploi en raison de la chute libre des
ventes.
Il affirme en outre que la plupart de ses clients néerlandais
fuient aussi les coffee shops, car ils refusent de s'y
enregistrer en tant que membre, comme le prescrit désormais la
loi.
L'inscription devant s'effectuer notamment via la municipalité,
les anciens habitués redoutent l'utilisation que les autorités
pourraient faire des données recueillies.
"Les données ne seront jamais divulguées", assure pourtant
Gert-Jan Bos, un porte-parole de la ville, assurant que même s'il
était encore trop tôt pour tirer des conclusions, la "carte
cannabis" avait eu un effet "positif".
Les quelque 10.000 personnes qui venaient chaque jour à
Maastricht "juste" pour acheter du cannabis ne sont plus qu'une
centaine, assure-t-il, soutenant que les dealers ne pas plus
nombreux qu'avant : "ils sont juste plus visibles et plus
agressifs".
En plein centre de Maastricht, un dealer accoste un couple de
quinquagénaires en promenade, qui en guise de réponse lui
adressent un sourire surpris : "non merci!".