BAMAKO (AFP)
La création au Mali d'un "ministère des Affaires religieuses et
du Culte" traduit l'influence grandissante des musulmans dans le
champ politique du pays dont le Nord est occupé par des
islamistes extrémistes, estime-t-on à Bamako.
"La religion entre au gouvernement", a écrit mercredi le journal
L'Indicateur du renouveau (privé) à propos de ce nouveau
ministère, apparu dans le gouvernement remanié lundi par le
président de transition Dioncounda Traoré, "sur proposition" de
son Premier ministre Cheick Modibo Diarra.
Le nouveau portefeuille a été confié au Docteur Yacouba Traoré,
membre du Haut conseil islamique (HCI), la principale
organisation islamique du Mali, et de plusieurs associations
musulmanes. Ce qui, pour L'Indicateur du renouveau, "confirme
l'importance du débat religieux et la montée de l'islamisme dans
la société" et marque "une victoire pour le (HCI) qui a toujours
réclamé la création de ce département".
Une "victoire" de plus. En 2011, le HCI avait obtenu la révision
du Code des personnes et de la famille au Mali en multipliant les
pressions et mobilisations de masse contre un précédent texte
voté deux ans plus tôt et qui accordait davantage de droits aux
femmes.
"C'est un secret de polichinelle, le ministère des Affaires
religieuses et du Culte est une demande du HCI", a affirmé à
l'AFP le sociologue malien Ali Samaké.
Les responsables du HCI "ont mobilisé plus de 50.000 personnes
dans un stade de Bamako quelques jours avant la formation du
gouvernement" dans cette République laïque où "plus de 90% de la
population est de confession musulmane", a-t-il ajouté.
Le 12 août, entre 50.000 et 60.000 personnes s'étaient
rassemblées dans ce stade, à l'appel du HCI, pour demander la
paix dans le pays. Le Premier ministre Diarra y était apparu aux
côtés du président du HCI, Mahmoud Dicko, signe selon les
observateurs du soutien des dirigeants musulmans à M. Diarra.
Dans les milieux politiques, en privé, certains estiment que le
Premier ministre a sauvé son fauteuil en partie grâce à ce
"soutien", car quelques jours avant le meeting, des responsables
politiques avaient réclamé la démission de M. Diarra en dénonçant
son "incompétence" dans le règlement de la crise.
Le nord du Mali, qui était depuis janvier la proie d'attaques
contre l'armée, est tombé il y a près de cinq mois aux mains de
divers groupes armés, dont des rebelles touareg et des
islamistes, qui ont profité d'un coup d'Etat militaire contre le
président Amadou Toumani Touré le 22 mars. Depuis, les islamistes
ont évincé leurs anciens alliés touareg et contrôlent désormais
totalement le nord, où ils commettent des exactions en prétendant
appliquer la charia (loi islamique).
Depuis le putsch, le président du HCI est devenu un interlocuteur
incontournable pour différents motifs et des personnalités de
tous bords, notamment des leaders politiques en quête de
conseils, bénédictions ou de caution morale.
Récemment, Mahmoud Dicko s'est rendu dans le nord où il a
rencontré les dirigeants du Mouvement pour l'unicité et le jihad
en Afrique de l'Ouest (Mujao), un des groupes islamistes qui
contrôlent la région, avec le mouvement Ansar Dine (Défenseur de
l'islam) et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
Selon son entourage, M. Dicko doit retourner sur le terrain
prochainement, pour discuter avec Iyad Ag Ghaly, chef d'Ansar
Dine. Ce mouvement avait libéré en avril 160 militaires faits
prisonniers lors des combats contre l'armée.
En juillet dernier, Iyad Ag Ghali avait déclaré lors d'un sermon
dans le nord: "Nous ne reconnaissons qu'un seul canal de
négociations avec le Mali, c'est le canal de nos frères du HCI".
Dans la crise malienne, la position du HCI est de privilégier une
solution locale qui passe par un dialogue avec les islamistes,
explique-t-on dans l'entourage de M. Dicko.