BEYROUTH (AFP)
Le pape Benoît XVI a salué samedi pour la première fois le
"courage" des jeunes Syriens et exhorté les peuples du
Moyen-Orient à "dire non à la vengeance" et à la violence dans
une région ensanglantée.
Au second jour de sa visite, il a appelé à la coexistence entre
musulmans et chrétiens, exhortant les jeunes chrétiens à ne pas
émigrer mais à vivre leur foi dans leur pays.
"J'ai appris qu'il y a parmi nous des jeunes venus de Syrie. Je
veux vous dire combien j'admire votre courage", a-t-il dit devant
plus de 15.000 jeunes rassemblés au siège du patriarcat maronite
de Bkerké, au nord de Beyrouth.
"Dites chez vous, à vos familles et à vos amis, que le pape ne
vous oublie pas. Dites autour de vous que le pape est triste à
cause de vos souffrances et de vos deuils. Il n'oublie pas la
Syrie dans ses prières et ses préoccupations", a-t-il ajouté dans
une déclaration sans précédent alors que la violence a causé la
mort de plus de 27.000 personnes.
Un mouvement de contestation inédit contre le régime de Bachar
al-Assad a été lancé pacifiquement en mars 2011 par des
manifestations réprimées dans le sang par le régime. Le mouvement
s'est militarisé au fil du temps et il s'agit aujourd'hui d'une
guerre opposant l'armée loyaliste aux rebelles armés.
Le pape "n'oublie pas (non plus) les Moyen-Orientaux qui
souffrent. Il est temps que musulmans et chrétiens s'unissent
pour mettre fin à la violence et aux guerres", a-t-il dit.
"Pas seulement des mots"
"C'est un beau message mais on voudrait que cela ne soit pas
seulement des mots mais aussi des actes pour arrêter les
violences", a déclaré Jacqueline Saadé, une Syrienne de 25 ans.
Dans une atmosphère joyeuse où alternaient danses et chants
religieux, le souverain pontife semblait visiblement heureux au
milieu des jeunes portant des casquettes blanches sur lesquelles
était écrite la phrase du pape "je vous donne la paix" et
arborant le "youcat", livre de catéchisme en arabe.
S'adressant aux jeunes chrétiens et musulmans réunis sur
l'esplanade, le pape leur a dit: "il faut que l'ensemble du
Moyen-Orient, en vous regardant, comprenne que les musulmans et
les chrétiens, l'islam et la chrétienté, peuvent vivre ensemble
sans haine dans le respect des croyances de chacun pour bâtir
ensemble une société libre et humaine".
Puis il a exhorté les jeunes Libanais chrétiens à ne pas émigrer
alors que ce pays connaît, depuis plus d'un siècle, des départs
récurrents, avec plus de 9 millions de Libanais ou de personnes
d'origine libanaise vivant à l'étranger contre un peu plus de 4
millions d'habitants au Liban.
"Même le chômage et la précarité ne doivent pas vous inciter à
goûter le miel amer de l'émigration, avec le déracinement et la
séparation pour un avenir incertain. Il s'agit pour vous d'être
des acteurs de l'avenir de votre pays et de remplir votre rôle
dans la société et dans l'Eglise", a-t-il dit.
Bannir la violence
Dans la matinée, il s'était adressé, au palais présidentiel de
Baabda près de Beyrouth, à plusieurs centaines de personnalités
du monde politique, religieux, et culturel libanais, dont les
dirigeants des communautés musulmanes.
"Il s'agit de dire non à la vengeance, de reconnaître ses torts,
d'accepter les excuses sans les rechercher et enfin de
pardonner", a déclaré le pape.
Le souverain pontife, qui a axé son intervention sur les
conditions religieuses et sociales pouvant favoriser la paix dans
toute la région, a demandé de "bannir la violence verbale ou
physique".
"Elle est toujours une atteinte à la dignité humaine, celle de
l'auteur comme celle de la victime", a-t-il ajouté, sans évoquer
directement les dernières violences autour d'un film dénigrant
l'islam.
"Au Liban, la chrétienté et l'islam habitent le même espace
depuis des siècles. Il n'est pas rare de voir dans la même
famille les deux religions. Si dans une même famille cela est
possible, pourquoi cela ne le serait-il pas au niveau de
l'ensemble de la société?", a demandé dans son discours le chef
de l'Eglise catholique, dans un pays dont près de 65% de la
population est musulmane et 35% chrétienne.
De son côté, le président Michel Sleimane, seul chef d'Etat
chrétien du monde arabe, a demandé qu'au Moyen-Orient la
démocratie "assure aux diverses composantes du monde arabe, y
compris la composante chrétienne (...) une participation dans la
vie politique et dans la gestion des affaires publiques
indépendamment de leur proportion numérique, sur la base de la
citoyenneté".
"La spécificité du Moyen-Orient se trouve dans le mélange
séculaire de composantes diverses", a plaidé le pape.
Le pape doit conduire dimanche une immense messe à Beyrouth avant
de quitter le pays du Cèdre.