PHNOM PENH (AFP)
Le tribunal de Phnom Penh chargé de juger les Khmers rouges a
libéré dimanche l'ancienne "première dame" du régime (1975-79),
Ieng Thirith, jugée par les médecins trop folle pour assumer un
procès.
Ieng Thirith, 80 ans, qui en 2009 avait promis à ses juges le
"septième cercle de l'enfer" et dont la défense avait indiqué ne
plus pouvoir prendre d'ordre auprès d'elle, ne répondra jamais
des chefs de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de
guerre pour lesquels elle est poursuivie.
Souffrant probablement de la maldie d'Alzheimer, "l'accusée Ieng
Thirith a été libérée sous certaines conditions" réclamées par
l'accusation, a déclaré à l'AFP Neth Pheaktra, un porte-parole du
tribunal parrainé par l'ONU.
L'octogénaire sera en particulier tenue de rester sur le
territoire cambodgien et de prévenir la justice de tout
changement d'adresse. Elle devrait également se voir interdire
toute intervention dans le procès en cours ainsi que toute
communication avec la presse.
Une décision définitive sur la nature de ces conditions sera
prise ultérieurement, a précisé Neth Pheaktra.
Après le numéro un du régime Pol Pot et le "boucher" Ta Mok,
morts respectivement en 1998 et 2006 sans avoir été jugés,
l'ex-ministre des Affaires sociales emportera donc dans sa folie
ses vérités sur un régime qui, en moins de quatre ans (1975-79),
a fait quelque deux millions de morts.
Dirigé par Pol Pot, le "Kampuchéa démocratique" a tenté d'imposer
une nouvelle société agraire, sans monnaie, ni médecine, ni
éducation. Deux millions de personnes sont mortes d'épuisement,
de maladie, sous la torture ou au gré des exécutions.
Issue de la haute société cambodgienne, Ieng Thirith - de son nom
de naissance Khieu Thirith - avait épousé Ieng Sary en 1951, à
une époque où il fréquentait les cercles à tendance marxiste du
mouvement anti-colonialiste en France.
Devenu ministre des Affaires étrangères du régime, Ieng Sary
comparaît depuis plusieurs mois devant le tribunal de Phnom Penh
avec l'idéologue des Khmers rouges, Nuon Chea et le président du
"Kampuchea démocratique" Khieu Samphan, pour les mêmes chefs
d'accusation. Tous sont octogénaires, avec une santé diversement
fragile mais des fonctions intellectuelles intactes.
Les experts ont prêté une influence notable à Ieng Thirith sur le
régime totalitaire.
Sa soeur avait épousé Pol Pot, mais avait souffert de problèmes
mentaux, ce qui l'avait empêchée de jouer un rôle politique de
premier plan. D'où le surnom de "première dame" que l'Histoire a
attribué à Thirith.
Un seul verdict a été prononcé par le tribunal à ce jour. Kaing
Guek Eav, alias Douch, patron de Tuol Sleng où quelque 15.000
personnes ont été torturées avant d'être exécutées, a été
condamné en février à la perpétuité.