MARSEILLE (AFP)
Titulariser un gardien qui n'avait pas joué depuis plus d'un an,
opter pour un dispositif tactique basé sur les contres où
l'essentiel était avant tout de ne pas prendre de but: au
lendemain du revers de l'OM contre le Bayern, les choix de Didier
Deschamps paraissent discutables.
Face à un adversaire auquel il a laissé les clés du jeu,
Marseille a presque entièrement hypothéqué ses chances de
qualification, en s'inclinant logiquement (2-0) sur sa pelouse en
quart de finale aller de la Ligue des champions.
"J'ai eu un choix difficile à faire sur le plan sportif et
humain. Je l'ai fait et je l'assume": la décision d'aligner
Elinton Andrade, gardien N.3, plutôt que l'expérimenté Gennaro
Bracigliano, revient à Deschamps qui devra bien reconnaître que
son gardien numéro 3 n'a pas été à la hauteur.
Une première alerte sur un dégagement aux poings raté, une
deuxième sur un mauvais contrôle du pied offrant un corner aux
Allemands et enfin une faute de main sur le premier tir cadré de
Gomez synonyme de but: Andrade n'a pas été à la hauteur d'un tel
sommet même si l'on peut se demander si Mandanda ou Bracigliano
auraient pu empêcher la belle mécanique allemande de concrétiser
sa nette domination.
"Steve c'est Steve, Andrade c'est Andrade. Ce soir, je n'ai rien
à lui reprocher", a réagi mercredi soir un Deschamps légèrement
irrité par les questions.
Au-delà du choix du gardien, c'est l'attitude globale de cet OM
qui pose désormais question et pourrait fragiliser l'entraîneur.
Même si Loïc Rémy a eu dès la 7e minute l'occasion de marquer, le
Bayern, sans forcer, a eu tout le temps de construire son succès,
face à une équipe recroquevillée en défense et qui, sur les
phases offensives, évoluait presque toujours en infériorité
numérique.
"On prend ce but qui nous fait très mal juste avant la mi-temps.
Jusque là, on avait très bien défendu. Face à une telle équipe,
c'est ce qu'il fallait faire", a pourtant insisté Deschamps.
Penser avant tout à défendre face à l'une des lignes offensives
les plus explosives d'Europe peut se comprendre. Et un
déplacement à l'Allianz Arena fort d'un 0 à 0 à l'aller, comme
l'an passé en 8e de finale contre Manchester United où l'OM était
passé tout près de l'exploit, aurait de fait pu inciter à
l'optimisme.
Mais à trop subir, face à des virtuoses aussi efficaces que
réalistes comme Robben, Ribéry ou Gomez, l'OM n'a pas fait le
poids. Et attendre un exploit face au quadruple champion d'Europe
d'une équipe incapable de battre Ajaccio, Dijon ou Nice relève
certes de l'utopie.
Plongé dans cette interminable série noire, Deschamps, fort d'un
contrat en béton qui le protège, continue d'avoir le soutien de
son président et de son actionnaire.
"Ce soir, on est déçu, mais ce n'est pas fini", a déclaré après
le match Margarita Louis-Dreyfus, accompagné de Vincent Labrune.
"J'ai toujours confiance en Didier (Deschamps) et dans l'équipe",
a-t-elle ajouté.
Une grande partie des supporteurs, encore en grève mercredi au
coup d'envoi, a lui fait son choix: "Deschamps et tes joueurs
cassez-vous !", pouvait-on lire sur une des banderoles.
Même si son histoire au club (capitaine vainqueur de la Ligue des
champions 1993) lui vaut jusqu'à maintenant l'immunité, une
défaite en finale de Coupe de la Ligue le 14 avril contre Lyon,
qui priverait l'OM de toute compétition européenne l'an prochain,
s'ajoutant à des relations tendues avec le directeur sportif José
Anigo, serait cependant lourde de conséquence.