KIEV (AFP)
Accablée il y a deux ans après le fiasco sportif et moral du
Mondial-2010, l'équipe de France est enfin parvenue à tourner la
page de Knysna et à relever la tête avec sa qualification, mardi,
pour les quarts de finale de l'Euro-2012, récupérant sa place
dans le gotha continental.
Retrouver un certain crédit sportif et reconquérir les coeurs:
tels étaient les buts assignés aux Bleus avant leur départ pour
l'Ukraine. Après un parcours en poules équilibré (une victoire,
un nul, une défaite), la mission a été parfaitement remplie.
Laurent Blanc et sa troupe peuvent désormais, sans pression,
aborder la suite du tournoi avec le sentiment du devoir accompli.
Dès sa prise de fonctions au lendemain du désastre sud-africain,
le sélectionneur s'est attelé à une vaste entreprise de
reconstruction, changeant aussi bien les hommes que l'identité de
jeu. Malgré une campagne qualificative parfois laborieuse, les
résultats ont validé cette stratégie, les Bleus ayant été,
jusqu'à la défaite contre la Suède (2-0) mardi, invaincus 23
matches d'affilée, avec même quelques cadors à leur tableau de
chasse en amical (Angleterre, Brésil, Allemagne).
Top 8
Mais il manquait l'onction d'une phase finale pour valider
définitivement ce renouveau. C'est chose faite puisque Blanc a
réussi là où son prédécesseur Raymond Domenech avait échoué, à
savoir franchir un premier tour de phase finale avec les
éliminations précoces de l'Euro-2008 et du Mondial-2010.
Le retour de la France dans le Top 8 continental est également
une bouffée d'oxygène pour la Fédération française de football.
Son président Noël Le Graët avait fait de la restauration de
l'image des Bleus, gravement ternie par l'épisode de la grève de
l'entraînement à Knysna, l'un de ses objectifs majeurs.
A voir les courbes d'audience lors des deux premières rencontres
de la France (plus de 10 millions de téléspectateurs), ce pari
est en passe d'être réussi malgré un couac (insulte de Nasri
adressée aux médias après son égalisation contre l'Angleterre,
1-1).
Le réveil des Bleus est avant tout la récompense de la méthode
impulsée par Blanc. En rupture totale avec le style de Domenech,
le +Président+ a profité de sa légitimité d'ancien grand joueur
(champion du monde et d'Europe) pour imposer ses vues, relançant
des joueurs en disgrâce (Ribéry, Nasri, Mexès) et privilégiant un
jeu basé sur la possession de balle et l'attaque.
Ribéry
Avec ce billet pour les quarts, qui verra les Bleus se mesurer
samedi à Donetsk à l'Espagne championne du monde et d'Europe en
titres, Blanc sécurise son avenir à la tête de la sélection et
devient quasiment incontournable en vue de la qualification pour
le Mondial-2014 en dépit de quelques frictions avec Le Graët. Les
deux hommes ont rendez-vous après l'Euro pour discuter du futur
mais le maintien du sélectionneur ne fait plus beaucoup de doute.
Au-delà de l'aspect sportif, Blanc a très vite saisi l'ampleur de
la fracture avec le grand public, faisant tout pour que les Bleus
mettent de côté leur attitude hautaine pour se rapprocher de
leurs supporteurs.
Le cas Ribéry est assez symptomatique du changement opéré en deux
ans. Déconsidéré aux yeux des Français après l'affaire Zahia et
montré du doigt comme l'un des meneurs de la mutinerie de Knysna,
le milieu du Bayern Munich, suspendu 3 matches par la FFF, a
toujours eu le soutien de Blanc.
Sa popularité retrouvée lors des trois rencontres de préparation
et ses prestations impressionnantes lors de cet Euro sont bien la
preuve que les temps ont changé et que Knysna devient peu à peu
de l'histoire ancienne.
Les joueurs ne souhaitent d'ailleurs plus évoquer publiquement
cet épisode fâcheux. La petite pique de Michel Platini, qui avait
déclaré que les Bleus seraient dangereux à l'Euro s'ils
"descendent du bus", n'a pas été du goût des anciens, Ribéry et
Valbuena ayant ostensiblement refusé de répondre au président de
l'UEFA. Qui voudra encore parler de Knysna après cette
qualification ?