KIEV (AFP)
Une "Panenka" réussie pour l'un, un tir au but arrêté pour
l'autre, et une empreinte impériale sur l'Italie, qualifiée pour
les demi-finales de l'Euro-2012 aux dépens de l'Angleterre
dimanche (0-0 a.p., 4-2 t.a.b.): Andrea Pirlo et Gianluigi Buffon
sont éternels !
A eux deux, ils cumulent 67 ans et 205 sélections, mais pour le
milieu de terrain et le gardien, l'âge ne fait rien à l'affaire:
quand on est bon, on est bon. Et quand on est "l'Architecte" et
le "Mur" de la Nazionale, on défend la maison Italia jusqu'aux
finitions, jusqu'aux tirs au but.
Montolivo a raté sa tentative et Pirlo s'élance en troisième
tireur azzurro. Le gardien anglais Hart tire la langue pour
tenter de le déstabiliser, lui l'inébranlable, la sérénité faite
footballeur... Et Pirlo de l'humilier d'une panenka.
Mais pas par fanfaronnade, non: par stratégie. "J'ai vu que le
gardien était vraiment excité et j'ai pensé faire ça, a expliqué
le milieu de 33 ans. C'était plus facile de tirer de cette
manière et ça lui a mis un peu de pression".
Après une première période souillée d'un certain déchet, il a
repris son rôle propre: depuis le cercle central, il a distribué
le jeu en métronome, sans se presser, de transversales précises
en ouvertures précieuses. Le Turinois a réussi 117 passes, soit
un gros tiers du total anglais !
"Pirlo a été très bon, j'ai travaillé avec lui dans le passé et
il a la classe, a analysé le sélectionneur de l'Angleterre Roy
Hodgson. Nous avons essayé de l'avoir à l'oeil, mais il est trop
bon pour rester en cage et il a été merveilleux... Son tir au but
est typique de sang-froid et de classe".
Idem pour Buffon (34 ans). "Les tirs au but nous réussissent
parce que nous avons de grands joueurs, qui sont concentrés
totalement sur leurs gestes techniques, rien ne les dérange, a
expliqué Cesare Prandelli. C'est une qualité extraordinaire.
Buffon par exemple était prêt. Il savait qu'il pouvait faire
tourner le match en notre faveur."
En bloquant le tir de Cole, "Gigi" a été à nouveau décisif, à
l'extrémité d'un match où il n'aura quasiment rien eu à faire,
tellement les Anglais ont refusé d'attaquer. Mais il a néanmoins
effectué l'arrêt réflexe qu'il fallait, d'une main gauche ferme,
sur une frappe à bout portant de Johnson (5e minute).
Celui qui détient depuis le Mondial-2006 victorieux le titre
officieux de meilleur gardien du monde, lorgné par l'Espagnol
Iker Casillas et le Tchèque Petr Cech, n'a rien perdu de sa
superbe. Débarrassé de ses douleurs lombaires, "Gigi" a commandé
la défense d'une Juventus championne et invaincue en 2011-2012
qui n'a concédé que 20 buts (16 pour Buffon) en Serie A.
"Sincèrement, c'est ma meilleure saison avec celle où nous étions
allés jusqu'en finale de Ligue des champions" (2003, perdue
aux... tir au buts contre l'AC Milan), avait-il dit.
Le gardien avait accueilli avec bonheur l'arrivée de Pirlo sans
indemnité de transfert à la Juve après dix ans de très bons et
loyaux services au Milan, "l'affaire du siècle" selon lui.
Coéquipiers en club et toujours piliers de la sélection, mais
personnalités diverses. Buffon hurle l'hymne national les yeux
fermés, quand Pirlo le chante comme une chanson douce. Sur le
terrain, Buffon crie et se récrie, harangue et gourmande; Pirlo
demeure d'humeur égale.
De manière anecdotique, une chose les rapproche néanmoins, leurs
patronymes qui prêtent à rire en Italie, puisque Pirlo ressemble
à "pirla" (une insulte graveleuse en dialecte lombard) et Buffon
à "buffone" (bouffon). Mais il y a bien longtemps que cela ne
fait plus rire personne...