LONDRES (AFP)
Le passeport biologique, mis en place dans certains sports comme
le cyclisme et l'athlétisme ces dernières années, viendra
renforcer l'arsenal antidopage pour la première fois aux jeux
Olympiques à Londres, où les rois du stade seront scrutés via
leurs globules.
Si depuis 1968, date des premiers contrôles aux JO, la lutte
antidopage consistait essentiellement à rechercher des traces de
substances interdites dans les urines ou le sang d'un athlète,
elle a franchi récemment une autre étape avec le développement du
passeport biologique, qui s'attache à mettre en évidence le
dopage par les effets qu'il produit sur l'organisme.
Six fédérations de sports olympiques d'été, le cyclisme,
l'aviron, le triathlon, l'athlétisme, la natation et le
pentathlon moderne se sont dotés du passeport biologique, même si
la plupart n'ont pas un programme aussi avancé que l'Union
cycliste internationale (UCI), la pionnière de ce mouvement.
Mardi ce passeport a une nouvelle fois prouvé son efficacité avec
la suspension de trois athlètes russes, dont Yevgenia Zinurova et
Nailya Yulamanova, respectivement championne d'Europe 2011 du 800
m en salle et vice-championne d'Europe 2010 du marathon, sur la
foi de valeurs anormales des profils sanguins des trois athlètes.
L'UCI fut la première à accuser formellement des coureurs de
dopage sur la base des anomalies observées dans leur profil.
Depuis que le Tribunal arbitral du sport (TAS) a reconnu la
validité juridique de la méthode l'an dernier, d'autres sports se
sont montrés intéressés, ainsi que des agences nationales
antidopage.
"L'introduction d'un profil individuel, qui est la base du
passeport biologique, est quelque chose d'extraordinaire qui va
nous apporter énormément d'informations", estime Patrick
Schamasch, le directeur médical et scientifique du CIO.
Car si les contrôles restent indispensables et toujours plus
nombreux -5.000 sont prévus à Londres- ils ont leurs limites
scientifiques.
Malgré les progrès de la recherche, certains produits ou méthodes
comme les transfusions sanguines autologues (de son propre sang)
sont encore indétectables, ou d'autres ont des fenêtres de
détection tellement étroites que les chances sont infimes de
tomber sur un cas positif, comme c'est le cas encore pour
l'hormone de croissance.
Mieux cibler
Le passeport biologique présente surtout l'intérêt de pouvoir
mieux cibler les contrôles sur les athlètes dont le profil paraît
suspect sans être caricatural.
Comme le premier test de détection de l'EPO en 2000 a permis de
mettre un frein aux consommations délirantes de ce produit en
vogue dans les années 90, le passeport biologique a déjà forcé
ceux qui se dopent à se faire plus discrets.
Des signes observés dans le cyclisme montrent son effet
dissuasif. Mario Zorzoli, le conseiller scientifique de l'UCI,
cite en exemple les taux de jeunes globules rouges, un paramètre
sanguin qu'il est difficile de manipuler artificiellement: "Les
profils présentant des valeurs de réticulocytes qu'on peut
considérer comme anormales sont devenus rares, contrairement à il
y a quatre ans, quand nous avons débuté le passeport".
Responsable de l'unité de gestion du passeport biologique, au
Laboratoire antidopage de Lausanne, Neil Robinson remarque "un
changement de comportement chaque fois qu'une Fédération
implémente une nouvelle méthode": "La prévalence diminue et les
difficultés pour les athlètes de se doper massivement
augmentent".
Bon complément des tests, le passeport est loin cependant d'être
l'outil parfait. Pour l'heure, seul le volet sanguin fonctionne,
alors que le module stéroïdien (qui permettra de révéler la prise
de testostérone par exemple) et le module endocrinien (l'abus
d'hormone de croissance) se font attendre.