LACANAU (AFP)
Le surf, en vitrine mi-août à Lacanau (Gironde) avec l'étape du
circuit pro mondial, affiche sa croissance insolente en France
depuis 4-5 ans, séduisant tous âges et milieux, au point de
crééer des embouteillages sur les vagues d'été: prémice d'une
saturation à venir ?
Dans l'eau à Lacanau, Moliets, Messanges, le spectacle se répète:
des cohortes d'enfants, d'adolescents, en lycras fluos "d'élèves"
encadrés d'un moniteur, barbotent au premier jour, se dressent
sur la planche au deuxième, et s'offrent une glisse décente en
fin de semaine.
"L'été prochain, je m'y mets aussi.. J'aime l'idée d'un jour
surfer avec lui", avoue à l'AFP Emmanuel Soules, 33 ans,
vacancier de Bretagne qui voit avec un peu d'envie son petit
Paul, 6 ans, se faire culbuter par les vagues de Lacanau, et en
redemander hilare.
L'Aquitaine comptait 90 écoles de surf en 2011, selon le comité
régional de surf: 20% de plus qu'en 2010, et moins qu'en 2012.
Leur explosion donne la mesure de l'essor, bien plus que le
nombre de licenciés (10.600) d'un sport par nature associé aux
pratiquants "libres" (au moins 150.000).
"Ca se démocratise vitesse grand V, ça va devenir comme le ski.
Ce ne sont que les prémices, ça va exploser", prédit Cyril Redon,
président du nouveau syndicat d'écoles de surf SNESF. "C'est une
bonne nouvelle pour la discipline, mais maintenant il faut qu'on
encadre".
Car par endroits "ça bouchonne dans les mousses" (rouleaux de
bord), note Arnaud Darrigade, conseiller technique fédéral des
Landes.
"Ces cinq dernières années, la croissance a été exponentielle",
convient Laurent Rondi, président du doyen des clubs de Gironde.
"Ca peut à terme poser des problèmes de place, de sécurité, de
qualité d'encadrement".
"Nous avons déjà des clients qui commencent à s'en plaindre",
appuie Redon, dont un grief est la (libre) concurrence de "surf
camps" étrangers, qui viennent investir tout l'été un bout de
spot.
A l'heure d'expliquer l'attrait du surf, parents et éducateurs
citent un patchwork: image "cool", mode surfwear, écho de
champions qui sort peu à peu d'un monde d'initiés, aura d'un
sport "nature", indissociable d'une éducation de la mer, de
l'environnement.
"On commence à voir des gamins avec de bonnes attitudes
spontanées", note Darrigade. "Qui ramassent sur la plage des
déchets qui ne sont pas les leurs, pour les jeter".
"Le ski s'était démocratisé par le +bas+: au départ un peu
aristo, gagnant les classes moyennes, puis populaires", se
souvient Redon. Le surf par contre, "c'était jadis l'image des
+beach bums+, +glandeurs des plages+ qui passaient leur temps à
surfer. Et là, ça récupère tout le monde".
Les planches modernes, plus légères, stables et indulgentes avec
le débutant, facilitent l'essor. Et les sensations, garanties
pour peu qu'on persévère, assurent la fidélisation.
Mais plus d'un acteur s'inquiète des étés à venir si la courbe de
croissance se poursuit: "Si on peut ajouter une piste à une
station de ski, on ne peut pas agrandir une vague ou un banc de
sable", note Redon.
Reste au moins à gérer la croissance: les municipalités, comme
déjà au Pays basque ou dans les Landes, peuvent édicter le
partage de l'espace sur leur sable et les clubs s'ancrer comme
gardiens des règles, en prônant une certaine éthique.
Au-delà, la solution au problème d'espace viendra qui sait de la
généralisation de piscines à vagues, voire de projets fous comme
la piscine à vague circulaire et infinie, sur laquelle planche le
"King" Kelly Slater (11 titres mondiaux).
D'ici là, la côte Aquitaine et ses 250 km recèle encore des
vagues non saturées, tempère le milieu. A fortiori hors saison,
si l'on est prêt à marcher quelques kilomètres, et à se lever
tôt.
Et puis l'Océan autorégule, sourit Rondi: "quand c'est gros (les
vagues), il opère sa sélection naturelle", car plus personne ne
va à l'eau.