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Teeluck Bhuwanee : “Je suis sorti de l’enfer”

29 Jan 2010

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C’est vers 7 heures, jeudi matin que le rescapé mauricien Teeluck Bhuwanee, responsable du bureau de l’Unesco à Port-au-Prince, Haïti, et sa femme Mohinee ont foulé le sol mauricien.

C’est un homme visiblement fatigué, traumatisé mais surtout heureux de retrouver les siens que nous avons rencontré. “Je suis sorti de l’enfer”, dit-il.

Teeluck Bhuwanee dit qu’il n’a toujours pas eu de nouvelles du casque bleu Bhoyraj Luchmun. En ce qui concerne Cilla Hein, l’épouse de Patrick Hein, autre rescapé mauricien du séisme, il a dit qu’il était également à bord de l’appareil durant le voyage de Saint Domingue à Paris. Celui-ci lui a dit qu’un corps a bien été retrouvé et il se pourrait que ce soit celui de son épouse. Toutefois, il attendra les analyses scientifiques pour confirmer si c’est bien le cas.

La peur du séisme encore présente

Teeluck Bhuwanee a été accueilli à l’aéroport de Plaisance par son frère Ramanuj, accompagné de leur mère, avec un sentiment de bonheur mêlé d’angoisse. Quelques heures après sa descente d’avion, Le Matinal a rencontré ce représentant de l’Unesco au domicile de ses beaux-parents à Beau-Bassin. Il nous a relaté son expérience lors du séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier et les conditions infernales dans lesquelles les Haïtiens et les étrangers tentent de survire.

Traumatisé, il pense toujours à la violence de ce séisme. Dans l’avion qui le ramenait à Maurice, jeudi, il a ressenti encore cette frayeur lorsque l’appareil est entré dans une zone de turbulences. Il n’est pas le seul ainsi. Tous ceux qui se trouvaient à Port-au-Prince ce 12 janvier fatidique le connaissent. Depuis, la peur a gagné tout Haïti. La population et les visiteurs, traumatisés par le séisme, ont peur d’occuper une maison, un bâtiment, voire un bureau. Les réunions administratives ou gouvernementales se tiennent en plein air, à l’extérieur des bâtiments fissurés.

Teeluck Bhuwanee ne peut oublier l’image dévastée que présente Port-au-Prince aujourd’hui. La ville est complètement ravagée ; 75 % des bâtiments ont été détruits et 85 % des écoles ont été démolies, alors que les routes sont impraticables. Elles sont jonchées de débris et autres pylônes électriques et téléphoniques. C’est avec beaucoup d’émotion qu’il nous a brossé un tableau sombre de Haïti meurtri où gisent toujours des cadavres dans les rues.

Nombre de morts n’ont pu être identifiés, dit-il avec tristesse. Ils sont enterrés dans des fosses communes. “D’ailleurs, une odeur puante de cadavres se lève partout dans cette ville”, a-t-il ajouté. Ce qu’il trouve horrifible ce sont ces bébés morts qui sont jetés dans les poubelles pour être brûlées. Ces images d’atrocités et de souffrance humaines resteront à jamais gravées dans la mémoire de Teeluck Bhuwanee.

Cet employé de l’Unesco a également constaté que beaucoup d’habitants de Port-au-Prince cherchent à fuir la ville saccagée. Selon lui environ 25 à 35 % d’entre eux ont déjà quitté le pays pour chercher l’asile ailleurs. Port-au-Prince est aujourd’hui une ville désemparée et détruite où les gens sont désespérés.

En ce qui concerne l’aide humanitaire, des efforts sont déployés par la communauté internationale pour accélérer les services de distribution à travers le pays. Avec l’aide internationale, le Programme alimentaire mondial et l’Unicef s’activent pour assurer l’approvisionnement en eau potable. Toutefois, il déplore que ces distributions de nourritures et autres nécessités restent inaccessibles à certains endroits sinistrés à Port-au-Prince. L’état chaotique des routes rend les choses encore plus difficiles. Les bidonvilles ont été ravagés à 50 %. Lorsque l’aide humanitaire parvient aux habitants, des incidents éclatent. La distribution de ces nécessités devient un véritable problème. Les foules deviennent difficiles à contrôler.

“En ce qu’il s’agit de la reconstruction de cette ville à court terme, 15 sites ont déjà été identifiés pour aménager des camps pour ces sinistrés”, a affirmé Teeluck Bhuwanee. La reconstruction ne se fera pas de sitôt. Il y a surtout un grand besoin de nettoyage : des cadavres à être enlevés et les routes à être dégagées. Il craint une explosion d’épidémies.

Teeluck Bhuwanee s’estime chanceux d’avoir échappé au cataclysme. Ce 12 janvier, il s’était rendu à un vernissage où il devait prononcer un discours vers 17h. Ne voyant pas descendre un des responsables de l’évènement, il a voulu le rejoindre à l’étage. Au même moment, une autre personne, lui a dit de ne pas aller le voir puisqu’il descendrait très vite. Quelques minutes à peine, Teeluck Bhuwanee a entendu un bruit assourdissant alors que le bâtiment tremblait. Tout d’abord, il a cru à l’explosion d’une bombe qui aurait été placée par une bande d’étudiants qui manifestait ce jour-là. Mais très vite, en considérant les secousses, il s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un tremblement de terre.

Dans les minutes qui ont suivi ces secousses, il s’est rendu compte qu’il est un des rescapés et qu’il l’a échappé belle. Il a eu la vie sauve en écoutant le conseil de son ami qui lui a dit de ne pas aller voir la personne qui était responsable du vernissage. Il a alors constaté une scène atroce : des personnes prises sous les décombres et les pleurs des enfants.

Après le séisme, Teeluck Bhuwanee s’est rendu à l’Unicef qui était le plus proche de lui et le lendemain à son bureau de l’Unesco. Sa priorité était surtout de faire évacuer les membres du personnel étranger.

Source: Le Matinal

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