Turquie: premier procès de journalistes en lien avec le putsch manqué

  • Posted 19 Jun 2017
Istanbul (AFP)
Une journaliste pose avec le portrait d\'Ahmet Altan devant le tribunal d\'Istanbul, le 19 juin 2017

Un tribunal d'Istanbul a commencé à juger lundi plusieurs journalistes turcs de renom accusés de complicité avec le putsch manqué de juillet 2016, une affaire qui renforce l'inquiétude des défenseurs de la liberté de la presse.

Au total, 17 personnes, dont plusieurs journalistes, parmi lesquels les frères Ahmet et Mehmet Altan et la chroniqueuse Nazli Ilicak, risquent la prison à perpétuité. Elles sont accusées notamment d'avoir "tenté de renverser le gouvernement" et "tenté de renverser l'ordre constitutionnel".

Au terme d'une première audience consacrée à la lecture de l'acte d'accusation et au début de l'audition des accusés, le procès a été ajourné à mardi, a constaté une journaliste de l'AFP.

C'est la première fois que des journalistes sont jugés dans le cadre des poursuites judiciaires engagées après le putsch avorté du 15 juillet, imputé par le président Recep Tayyip Erdogan au prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux États-Unis. Ce dernier a démenti toute implication.

Mme Ilicak, journaliste-écrivain qui a travaillé jusqu'en 2013 pour le grand quotidien pro-gouvernemental Sabah, avait été la première personnalité des médias de premier plan arrêtée après le coup d'État manqué. Elle est en détention depuis fin juillet.

"Je souffre énormément d'être confrontée à de telles accusations", a-t-elle déclaré au tribunal. "J'ai plus de 70 ans et je n'ai jamais eu de ma vie aucun lien avec un groupe religieux, encore moins un groupe terroriste", a-t-elle dit.

Ahmet Altan est un romancier et journaliste qui a travaillé pour les grands quotidiens Hürriyet et Milliyet, et a fondé le journal d'opposition Taraf. Son frère, Mehmet Altan, est un écrivain qui a rédigé plusieurs ouvrages sur la politique.

Les trois journalistes sont notamment accusés d'avoir fait l'apologie de la tentative de coup d'Etat à venir lors d'une émission diffusée la veille du coup de force sur une chaîne de télévision locale pro-Gülen, Can Erzincan.

"Avec ce procès, de nouveaux sommets ont été atteints dans l'absurdité croissante des accusations portées contre les journalistes", a dénoncé l'ONG Reporters sans frontières (RSF) dans un communiqué.

- Contexte politique tendu -

Ce procès, avec celui de plusieurs journalistes du quotidien d'opposition Cumhuriyet, cristallise en Turquie les inquiétudes liées à l'état de la liberté de la presse qui s'est sensiblement dégradée depuis le putsch avorté.

Selon le site P24 spécialisé dans la liberté de la presse, 167 journalistes sont détenus en Turquie, dont la majorité dans le cadre de l'état d'urgence décrété après la tentative de putsch.

La Turquie occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.

Le procès qui s'est ouvert lundi survient dans un contexte politique particulièrement tendu, quelques jours après la condamnation d'un député du principal parti d'opposition (CHP) sur des accusations d'"espionnage".

Enis Berberoglu a été condamné mercredi à 25 ans de prison et écroué après avoir été reconnu coupable d'avoir transmis à la presse une vidéo affirmant montrer un convoi des services secrets turcs destiné à des combattants islamistes en Syrie.

En réaction, le dirigeant du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, a entamé une "marche pour la justice" entre Ankara et Istanbul qui doit durer environ un mois.

La justice turque a rejeté lundi un recours demandant la remise en liberté provisoire de M. Berberoglu.

recherche

citizen